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Tour de Corse en cyclo-camping

Sur le parcours de l'ACP (1 095 km, 15 530 m de dénivellation, du 14 septembre au 6 octobre 2017)

par Jean-Pierre
https://www.abeille-cyclotourisme.fr/souvenirs/2017_tour_de_corse.html

MédailleDans l'univers de la FFCT "pointer ses BPF" ("Brevet des Provinces Françaises") signifie pointer six villes par département français. En Corse (départements 2A comme "Ajaccio" et 2B comme "Bastia") on trouve six villes BPF également réparties entre 2A et 2B: Bonifacio, Corte, Nonza, Piana, Piedicroce et Zonza. Pointer ses BPF Corses (hors toute autre considération) requiert donc de faire un tour de Corse.

Celui qui a un objectif purement "Cols" trouvera son bonheur dans deux itinéraires (un au départ d'Ajaccio et l'autre de Bastia) intitulés respectivement "Cent cols dans le sud de la Corse" et "Cent cols dans le nord de la Corse" auprès du club des cent cols.
Celui qui a un objectif "BPF, routes touristiques et cols" trouvera son bonheur dans le magnifique itinéraire tracé par Georges Rossini des cyclo-randonneurs thononnais, et dénommé "Randonnée des cols Corses": 1 504 km, 154 cols et 26 353 m de dénivellation (Lui demander l'itinéraire et conseils divers en écrivant en joignant le chèque à Georges Rossini, 530 route de Publier, MORUEL, 74200 MARIN, France).
Celui qui a un objectif plus modeste (1/3 de distance et 43% de dénivellation en moins) tout en voulant pointer ses BPF trouvera son bonheur dans le "Tour de Corse" organisé par l'Audax Club Parisien: 1013 km, 15 000 m de dénivellation.

C'est ce dernier parcours que j'ai suivi, parfois légèrement transformé, et qui fait l'objet du présent compte-rendu.

Tour de Corse14 septembre. Les Alluets - Lyon

Le voyage à vélo c'est bien, mais la SNCF n'aide pas. Pour être à Marseille avant 17 heures et prendre le bateau à la descente du train, il n'existe pas de solution en un jour. En fait la SNCF ne propose aucune solution sur son site internet quand on trouve, et coche, la contrainte "avec vélo non démonté". La DBB connaît mieux les trains français et propose une solution avec deux TER, avec correspondance à Lyon. Ce faisant, même en partant très tôt, on arrive trop tard à Marseille pour le départ du bateau. Je ferai donc étape à l'auberge de jeunesse ("AJ") du vieux Lyon, celle avec sa terrasse surplombant le vieux Lyon. Cela permet de partir à une heure raisonnable: 8h30 des Alluets. Depuis le site de la DBB, en un clic, le trajet choisi est chargé sur l'agenda du mobile. Pratique.

Vélo vers St Nom la Bretèche, la gare SNCF est entièrement de plein pied. Pratique avec un vélo lourd.

Train vers Saint Lazare, vélo vers la gare Paris Bercy, point de départ des TER vers Lyon. Et café peu après à la République, au soleil. Il fait froid et le Gore Tex est nécessaire pour rester au chaud.

À la gare, le vendeur SNCF retombe sur les choix ferroviaires de la DBB. Il est 11h30, le train part à 13h39, cela laisse le temps pour un couscous proche de la Gare de Lyon. Ce soir, s'il y a toujours de la place, je dînerai d'un sandwich sur la terrasse face au vieux Lyon. Booking, ainsi que sa tribu de collègues courtiers en nuits d'hôtels, ne propose même plus cette AJ sur son site (présumé plein ? Autre raison ?). J'en saurai plus ce soir en arrivant.

De la Part Dieu à l'auberge, il y a une piste cyclable privative pour aller jusqu'aux deux ponts à traverser. Le dernier pont franchi, la pente, raide, qui monte à l'auberge depuis la place de l'église en bas est plus raide qu'il y a dix ans. Troublant ! En haut, dans l'AJ Il y a de la place. Pour le site internet, je m'étais trompé. Les premiers sites qu'on trouve sont toujours des sites qui payent pour être mieux positionnés que le site authentique sur les pages de résultat du moteur de recherche, et Booking, ils ont maintenant été condamnés pour cela, fait monter les prix de ceux sur le dos desquels il vit. Alors les AJ refusent Booking et consort. Voilà pourquoi on ne la trouvait pas sur Booking. Alors, il me fallait chercher page 2. Chambre de 6, ça n'a pas changé, on est trois dans la chambre. C'est mieux. Dîner sur la terrasse. Il fait froid, je vais aller regarder la télé à l'intérieur. Dehors, des groupes de jeunes non-réfrigérés (c'est à cela qu'on détecte leur jeunesse) refont le monde. J'y vois un énorme progrès par rapport à mon dernier passage (approximativement il y a dix ans). A cette époque, une énorme majorité trimballait un ordinateur portable, et l'avait ouvert devant eux sur Facebook.

Auberge de jeunesse Lyon
41-45 montée du Chemin Neuf
Tél : +33 (0) 478150550

Pour 22,80€, le ptidej est compris, mais pas avant 7 heures. Booking peut se rhabillier.

15 septembre. Lyon - Marseille - Ajaccio

Lever à 7 heures pour vélo à 8h30. Ptidej, banal mais bon à prendre. Je bavarde avec le gars qui a ronflé toute la nuit dans la chambre. Il visite Lyon et loge là pour quelques jour. Les deux autres occupants de la chambre sont, comme moi, des oiseaux de passage. Dur, dur. Le train part à 9h20 pour arriver à Marseille a 12h58. J'ai reçu hier de la SNCF sur mon mobile, à 17h35, une réduction de 20% sur mes destinations favorites, l'offre expire le 27/9 (avant mon retour de Corse et mon Montpellier-Paris) mais est arrivée après mon achat, hier, des deux billets pour Lyon et Marseille. Une bonne question pour le contrôleur. Réponse: "Trop tard !" Je vais à Marseille à la vente des billets: "Trop tard". C'était bien une offre de Gascon. En fait, j'apprendrai plus tard que c'était doublement une offre de Gascon car, à supposer que je surmonte ces obstacles, j'aurais découvert alors que ces réductions ne valent pas sur mes trains (les TER), mais uniquement sur les TGV (ces trains qui ne prennent presque jamais les vélos).

L'enregistrement sur le bateau est à 18h00 à la Joliette (gare Maritime) pour un départ à 19h00, et la gare SNCF est a moins de 5 km de la gare maritime, juste à côté du vieux port. Ce sera donc apéro sur le vieux port et dîner à bord.

La réalité est toute autre (et ça je l'ignore encore), les bateaux ne sont pas du tout à la Joliette, ils sont à quelques km sur le port. Il est en fait impossible, avec un velo, de faire les formalités d'embarquement à la Joliette et de prendre ensuite le bus qui mène les piétons au bateau (sauf à démonter le vélo). Cela, personne ne l'explique.

Coucher de soleilDonc, à la Joliette, on me dit que ça a changé: l'enregistrement est au quai 4, 4 km plus loin vers les calanques, face aux ateliers de l'ex Sud-Marine (complice d'Andre Miller et des ateliers Terrin d'Alger). On me dit que c'est facile: c'est flèché. Je suis les flèches et me retrouve sur l'autoroute surélevée, celle qu'Olivier avait si habilement évitée en 2008, quand nous finissions notre flèche Paris-Marseille, arrivant de Martigues et des calanques. Arrivé là, personne d'autre qu'un panneau qui dit: "toutes les formalités se feront [si et] quand vous arriverez sur le bateau". Mais où est ce fichu bateau, à 4 km de la gare maritime ? Je suis un groupe de motards en partance pour Ajaccio et qui semblent savoir (qui ont un organisateur qui semble savoir). On fonce dans le port, la pluie s'en mêle, nos motards se perdent, font demi-tour et foncent vers leur point de départ. On se croirait aux mercredis de la Cipale: ça fonce, sauf que le vélo est chargé, pas celui qui est dessus. Finalement, je parviens à suivre les motards, qui trouvent: on y était presque et on n'est pas les derniers: on est les premiers de la file. Il ne nous reste plus qu'à poirotter 1 heure 30' sous la pluie. Pour l'apéro sur le vieux port, ça sera la prochaine fois: on est à plus de 4 km du vieux port. Vigipirate oblige: le couteau sera à cacher (conseil du personnel du port) dans la sacoche de la tente sur le vélo, pas dans les cabines. Je découvre que je suis seul dans la cabine. C'est cool pour la lessive et la tranquillité: pas de ronfleur ni d'anti-ronfleur (celui qui siffle, s'énerve et énervé tout le monde sauf le ronfleur qui n'entend pas et n'en a cure).

Enfin à bord, douche puis resto. Le resto coûte une fortune, je vérifierai sur internet ce qui est vendu comme formule. Alors, Bar à Pâtes. Pas de pâtes au bar à pâtes. Salade niçoise, mousse au chocolat et eau pour 9,90€. Pour la salade niçoise, Françoise n'en saura rien.

Quelques photos de coucher de soleil en promotion, quelques comprimés d'anti-mal-de-gorge et au lit. Demain, réveil 6h00 et Ptidej à 7h30 à Ajaccio.

En préparation pour ce voyage, j'ai surtout utilisé les adresses figurant sur les cartes Google de Openrunner, que j'ai utilisé pour tracer les itinéraires. Ensuite, tout le long du voyage, ma référence Corse sera le guide du Routard.

Le camping de Verghia, 30 km plus loin, sera ouvert, mais sans Resto. Il y a des restos à 300 m et, le lendemain (après-demain), ce sera camping sans Resto 1,3 km avant un hotel-resto sympa du Routard qu'on n'atteint qu'en montant. Aussi, il y a un chouette Resto de fruits de mer à Porto-Pollo après-demain à midi. Alors, courses pour le soir à Ajaccio, que je prévois de trimballer pour les manger au plus tard à Sartene. Le Ptidej sera, lui, au café des amis à Sartene, la plus Corse des villes Corses (elle est Sarde, en fait).

Corsica Ferries: "Jean Nicoli"

16 septembre. Ajaccio - Verghia - 37 km, 272 m montant, 253 m descendant

Le bateau arrive à 6h45. Ce sera Ptidej à Ajaccio, pour une demi étape d'environ 30 km. Passage à l'office du tourisme pour pointer le départ et récupérer la liste des adresses de camping et gîtes.

Ajaccio
Baie d'Ajaccio

Chou blanc à Ajaccio. L'office du tourisme est à court de listes de camping en Corse. Le relais Regional des gîtes de France (et tables d'hôtes) est fermé, il n'est ouvert qu'en semaine. Rien à attendre du bureau du parc national de Corse, qui ne reçoit pas le public. Noté un autre téléphone de la Méridionale pour ré-échelonner le retour. Ils gèrent tout par téléphone, dont le prix du voyage, qui se recale au prix du jour pour le jour.

Ajaccio est une ville qui se visite lentement. Pour midi, j'achète au marché un plat tout préparé avec du jambon et des pommes de terre sautées. Cela se révèlera être un excellent choix. Je pourrais faire l'aller-retour vers la tour de la Parata pour voir les Iles Sanguinaires, mais cela doublerait l'étape. Visite de la jetée du port et départ vers Porticcio, par l'autoroute. À vélo, c'est très désagréable. Après la bifurcation, jusqu'à Porticcio, la circulation est massive.

Pique-niquer est bien mais trouver un bon coin relève de l'exploit. Pas de tables, pas d'herbe, pas d'ombre, tout est privatif. Je trouve enfin un coin ombragé et combats pour la disposition de mon repas face à un quarteron de guêpes voraces et intrépides.

Enfin j'arrive au camping et téléphone pour demain au U Farrandu de Sartene. Le patron est malade et la dame a fermé le camping, sauf pour les piétons et cyclos. J'ai de la chance car c'est le seul camping à l'altitude de Sartene. Ce soir, ce sera dîner a la pizzeria sur la plage, demain midi, je tente les restos de Porto Pollo.

Camping La Vallée (avec restaurant fermé car déjà fin de saison)
Verghia
20138 Coti-Chiavari, France
+33 4 95 25 44 66

17 septembre. Verghia - Sartene - 63 km, 1062 m montant, 904 m descendant

Baie de Cupabia
Baie de Cupabia

La lumière atteint la tente à 6h45. A 7 h je suis debout, parti à 9h15 avec juste une tasse de thé. Un passant qui passe me voit partir vers le col. Pour aller au même endroit, il me suggère plutôt la route côtière, qui monte aussi, mais bien moins. Je suis son conseil, d'autant mieux que la vue sur la mer semble superbe.

Première montée: de 5 à 75 m en bien trop peu de distance. La pente est toujours inégale. On trouve du 12%, voire plus. En dépit de mon braquet à grimper aux arbres (un 28 / 28), il faut pousser tellement fort que j'en ai mal aux jambes. Quand ça grimpe beaucoup, ce n'est pas le dénivelé total qui nous éreinte, ce sont ces passages raides où (au choix) on développe une puissance trop forte par une vitesse ascensionnelle trop élevée, ou on appuie trop fort, même à faible puissance. Ici, mon petit braquet (28 / 28) est trop gros. Il faudrait mettre des roulettes au vélo pour pouvoir mettre un plus petit braquet, rouler encore plus lentement et ne pas tomber.

Vue d'en bas sur Sartene
Vue d'en bas sur Sartene

Je passe la baie de Cupabia et, comme espéré, j'atteins le diverticule vers Porto Pollo vers 11 h 30, et je suis redescendu au niveau de la mer. Je file donc à Porto Pollo et fais élection de domicile au resto du port suivant l'avis du Routard. Toujours sur avis du Routard, je choisis le menu en promo à midi. Excellent. Sauf que, même là, les fruits de mer sont inabordables. Je découvrirai à l'usage que la Corse est une montagne, pas une îIe. Les Corses ne sont pas marins (sauf, peut-être, au cap Corse).

Ensuite je file à Propriano, me casse le nez sur la porte close de l'office du tourisme, achète une glace à la châtaigne (la première d'une longue série), ensuite, et fais enfin tamponner mes cartes de route.

16h, je quitte Propriano et attaque la montée sur la nationale vers Sartene. Je suis cuit des efforts du matin. Pourtant ça passe bien car la pente est faible.

Au camping, le patron est malade et le camping est fermé. Je suis le seul client toléré (car cycliste ou piéton). Je dois me faire ma bouffe: l'hôtel ROSSI, a 1,3 km est trop loin car je suis cuit. Demain, je prendrai un thé au camping et un Ptidej au Café des Amis à Sartene sur la D50 (rue du médecin capitaine Benedetti).

Camping U Farrandu (sans restaurant)
20100 Sartène, France
Hotel Rossi à 1,3 km, 70 m + haut, ptidej à 11€
Ptidej au café des amis à Sartene

18 septembre. Sartene - Bonifacio - 58 km, 780 m montant, 936 m descendant

Sartene - Statue de Paoli
Sartene - Statue de Paoli

Départ 9h15. Il a fait plus frais cette nuit, bien que la météo dise 17° au plus bas. Sartene est déjà en altitude et cela se ressent la nuit. La montée à Sartene est peu pentue: dans les 5%, mais la circulation y est forte. Vue d'en bas la ville est moche, mais ces hautes maisons sont magnifiques vues des ruelles de la ville. Je trouve le Cafe des amis, il est moche et désert. Mettre des commentaires élogieux sur Google Maps doit être très facile. J'en conclus qu'il faut douter des commentaires de Google Maps. Sur la même place, je prends mon Ptidej au bon coin, plus près de la statue de Paoli le héros barbu local. Selon le Routard, Sartene est la ville Corse la plus Corse du monde, une ville de vendetta entre les Rocca Serra et les Pietri, mais ça ne se voit pas, et la trêve est peut-être enfin déclarée.

Finalement, après les courses pour midi et l'hypothétique soir sans resto à Bonifacio, je quitte Sartene à 11h30. Il reste 60 km et 900 m de cotes pour Bonifacio. La route monte encore un peu, toujours avec une pente raisonnable, puis ça redescend vers la côte.

Après avoir relié la côte, la route de Bonifacio comporte une succession de points hauts, chacun avec: un parking voitures, un point de vue, une authentique boutique Corse (qui se reconnaît à ce qu 'on y trouve de l'authentique charcuterie Corse, pas sous plastique).

Bien vite, à un point haut, il commence à pleuvoir à petites gouttes, ce qui dissuade sévèrement le chaland. Pas un cyclo. Casse croûte, donc, à un point de vue magnifique: saucisson extra sec (cela doit servir à faire vendre des couteaux Corses) et jambon cru, le tout sur des pains au lait achetés pour le ptidej.

Pluie, forte. Le vent d'ouest amène ces nuages, je voyage avec eux, et les précède parfois. Café dans une chambre d'hôtes pour laisser passer le grain. Vu d'ici, la saison est finie et les professionnels replient leur matériel. Trop pressé, comme aux Riceys je rattraperai et doublerai le grain. Trop rapide !

Finalement, je décide d'ignorer le cache-cache nuages et arrive à Bonifacio vers 16h00 (longtemps devant le grain). Il n'a pas encore plu et le sol est sec. La météo dit que la pluie cessera vers les 2 heures du matin. Alors je monte la tente sur sol encore sec, vais pointer à la capitainerie du port (l'office du tourisme est fermé) et prends ma douche pour tout préparer pour le soir. Il y a des pizzas dans le snack à coté du camping, ce sera mon plan "B".

Je m'habille mi-vélo après la douche (bas vélo et haut ville), prends le gore-Tex et parts visiter la ville haute, avec le vélo.

Je dînerai en haut, laissant le cassoulet de 450 g dans la sacoche et la pizza à la pizzéria. C'est là le grand avantage de ce camping sur celui que j'avais prévu au nominal. Je rentrerai à la nuit avec les éclairages. La tente est prête. Le linge qui sèche est sous la pluie, mais il est déjà mouillé, tant pis. Le meilleur glacier auto-proclamé est un Rocca Serra, sans doute une branche affiliée à la racine dopée à la testostérone de Sartene. Au resto dans la citadelle de la ville haute, la terrine Corse est excellente, ainsi que le ragoût Corse. Rien de tout ceci ne me semble exclusif à la Corse, c'est juste de la cuisine de grand-mère, mais on respectera, là aussi, la loi du silence. Pour le dessert, je n'ai pas osé la mousse au chocolat à la myrthe (un alcool Corse) et suis resté fidèle à la crème brûlée.

Bonifacio

La ville haute, c'est tout comme le Mont St Michel, avec les mêmes histoires de sièges et de résistance. Pour bien l'apprécier, il faut un hotel dans la ville haute. À la rigueur un bateau luxueux dans le port permet aussi d'apprécier une soirée à peu près tranquille. Mais un bateau (luxueux ou pas), ce n'est pas très Corse.

Après le dîner, sous des restes de pluie diffuse, la descente à vélo est impressionnante car en pente (comme toutes les descentes) et dans le noir. Mais le vélo et quand-même bien pratique. Pas envisageable de faire ce trajet à pied dans le noir. Cela peut expliquer la modestie des prix des dîners: un dîner en haut, ça se mérite, mais c'est bon. Par contraste, le snack du camping à l'air triste, très très triste. J'ai bien fait de dîner en haut. La boîte de 450g cassoulet de canard achetée pour remédier au manque d'option Resto attendra.

Tout ce qui est sur la corde à linge est trempé. Je l'y laisse, jouant l'arrêt de la pluie a 2 h du matin. Extinction des feux à 22 heures.

Camping Araguina, av Sylvere Bohn, juste à l'entrée de la ville, a 400 m de la capitainerie du port. +33 495 73 0296 <campingaraguina.fr/>, un snack est à l'entrée.

19 septembre. Bonifacio - Porto Vecchio - 51 km, 724 m montant, 721 m descendant

Champ de panneaux solaires
Champ de panneaux solaires

Bien joué. La pluie a bien cessé à 2h00. La serviette est sèche, pas le reste. Il a fait moins frais, bien que la météo ait dit, comme hier : 17°. Départ 9h15. Je tente une recherche de magasin dans Bonifacio, en vain, les routes sont de gigantesques embouteillages entrants. Deux files: l'une vers le premier parking et l'autres pour les aventureux qui tentent d'aller plus loin. Et la saison est terminée !!! Je fais demi-tour. Heureusement que j'ai visité le port et la ville haute hier soir. Dans la montée qui m'éloigne de Bonifacio, une boulangerie me tend les bras. Je voulais un en-cas, en plus j'y achète un solide sandwich.

Chera
Chera

La route vers Porto Vecchio est chargée de voitures et parfaitement sans intérêt. Je passe à coté d'un champ de panneaux solaires. Je prends à gauche, quittant le trajet ACP (le "nominal") en faveur du trajet Rossini, la route qui monte à Chera, elle monte raide, très raide et passe un col juste avant Chera. Ce n'est pas une route Rossinienne pour rien. En haut, je suis un peu de route de corniche et une magnifique descente en lacets. Je rejoins le nominal.

La route vers Porto Vecchio demeure l'archétype de la route à éviter. En plus de tous ses défauts, elle est étroite et sans bas-côtés. Tout ceci encourage, si un tel encouragement est vraiment nécessaire, l'incivilité des conducteurs, surtout Corses.

Une oasis s'annonce. C'est un golf. J'y prends un café reposant, sans le stress incessant des voitures qui passent.

Ranch Campo
Ranch de Roland Campo

Je quitte de nouveau la nationale, par la droite cette fois, à proximité de Porto Vecchio. Je crois que c'est pour longer la mer. Erreur ! C'est une succession de rampes, petites mais terriblement raides, alternant montée et descente, gauche et droite. On dirait une montagne russe tracée par le chapelier fou. À droite et à gauche, des propriétés privées implantées manifestement sans s'embarrasser d'urbanisme. Ici, le permis de construire doit être une denrée commerciale qui s'acquiert au kilo par moultes tractations louches. Comme Je lirai plus tard dans Corse matin, parlant de Centuri, village pêcheur à l'extrême N/O du cap Corse. J'entendrai aussi parler de chaptalisation des vins Corses et du trafic de palettes de sucre qui s'ensuit, le tout réalisé à leur énorme profit exclusif par des pieds-noirs non-Corses. Que d'histoires...

Je découvre le ranch de Roland Campo.

J'arrive à la ville. La route est interdite aux vélos et rien ne leur dit où passer. Un suicide rituel est-il la solution ? Non, il y a une piste sale qui descend à la rivière et la franchit à gué quand la rivière veut bien ne pas charrier [trop] d'eau. Aujourd'hui, ça va, j'ai mon visa. Je ne vois pas, dans le journal, même de simple mention de suicide de cyclistes les jours de grande pluie. Sans doute ne pleut-il jamais ?

Je monte au centre ville, dans la vieille ville, place de la République et m'assieds chez le glacier de la place, une recommandation du Routard pour Patrice. Il y a eu du vent cette année, il y a des glaces à la chataigne, excellentes. Plus tard, j'apprendrai que la chataigne se fait rare cette année, attesté par le prix du kilogramme de farine de chataigne: 22€. Par contre le patron est absent et personne ne peut ouvrir le coffre où il a caché le tampon de la maison pour ma tamponnite. Pas d'erreur, on est bien en Corse.

Je vais chercher des sous, les distributeurs de billets se font rares. J'en trouve chez LCL. L'office du tourisme, à côté, me tamponne mon VI. Tamponnite rassasiée.

Le soir, le camping est juste sortie de ville vers Zonza. Le Leclerc est à côté pour les courses. Pratique pour gagner du temps car le snack ferme à 20 heures 30 demain après le 2° col au retour de Zonza vers Solenzara (après avoir parcouru l'aller). 65 km et 1660 m à grimper, cela dépasse ma spécification, mais il n'y a pas d'étape sur la route (nota: faux: il y a un camping sur la route en arrivant à Zonza).

Dîner au snack du camping. Lasagnes maison qui calent avec de la salade (qui l'eut cru ?) pour 14,50€. Un orage non annoncé frappe pendant le dîner, le linge humide qui sèche a maintenant doublement raison de sécher. La météo indiqué que le nuage est passé. Grand beau temps.

Camping Arutoli (avec restaurant)
Route Ospedale, 20137 Porto-Vecchio, France
+33 4 95 70 12 73 <arutoli.com/>

20 septembre. Porto Vecchio - U Ponte Grossu (Solenzara) - 66 km, 1654 m montant, 1534 m descendant

Réveil à 6h45, Ptidej à 5,50€ au camping à côté de la piscine, excellent camping. Je reparts 1 km vers Porto Vecchio pour trouver le repas de midi. Leclerc est là. Taboulé avec avocat du Pérou et jambon cru Corse. Ça fera la distance. J'attaque la pente à 9h30. 1/2 heure plus tard, ma roue arrière est à plat, crevaison lente. Encore un coup de cette saleté de chambre en butyl. Le pneu, pourtant, est parfait (quoi que déjà bien usé) tant à l'examen extérieur qu'intérieur. Je démonte tout pour réparer. Le vélo est plus simple à bricoler déshabillé. Comme il a plu, la roue arrière est dégoûtante, je commence donc par un nettoyage. Avec la bonne chambre latex que je monte, ça devrait mieux rouler. Fini à 11h30. J'ai parcouru 5 km et monté 300m. Il reste du chemin...

Porto Vecchio dans le lointain
Porto Vecchio dans le lointain

Café avant d'entrer à l'Ospedale. La pente se maintient à 8% régulier. Dur [très] avec le chargement. Vélo déchargé, ce serait du billard. Le routard parle d'un joli village. On voit bien qu'ils ne passent pas à vélo: succession d'épingles très très pentures sur l'intérieur, avec un trafic local d'enfer et une route entièrement défoncée par des travaux non définissables avec des tranchées résolument inachevées. Des retouches en béton achèvent de saboter le roulement, et la pente est plus forte. Ça fait du bien d'atteindre la sortie du village.

1h00, 950 m d'altitude, la route passe à l'horizontale et il fait frais. Un vrai bonheur. La route longe en corniche le lac de retenue de l'Ospedale. Ce lieu tient son nom de la ville hospitalière qu'il y avait là autrefois, avec son bon air, bon pour la tuberculose. Arrêt casse-croûte, habillé comme un pingouin au pôle Nord.

Arrêt café au départ des marches vers la cascade. Des randonneurs à pied de la voie mer-montagne Sud passent par là. Il se fait tard. Faut y aller. La route semble rester en corniche, superbe, jusqu'au col d'Illarata à 990 m.

Zonza, 16h00. Je devrais arrêter là, surtout que c'est beau, mieux qu'en bas. Ici, les touristes sont majoritairement randonneurs, mieux que les touristes des plages. Aussi, le pays est différent, les habitants aussi. Mais il faut que je teste mon étape de 65km x 1660m pour pouvoir confirmer mon bateau retour à Bastia. Pointage, un coca et on repart dans la pente vers le col de Bavella 1300 m, 600 m encore à monter. Pente raisonnable de 6% environ.

On tire à vue au col de Bavella
On tire à vue au col de Bavella

Orage dans les derniers 200 m à monter. Le haut du col est dans la bruine. Il y a des chalets pour les randonneurs à pied. La prudence serait de passer la nuit là, mais c'est une étape test alors je repars droit dans la pente et sous la pluie. Il est 17h40 et la pente est raide, bien plus que dans la montée. À mi-pente, le frein avant, usé à 50%, couine. L'écarteur de roue (Dural) touche la jante (Dural). Il faut intervenir derechef. Régler les patins de frein sous la pluie dans une obscurité croissante, pas loin des voitures qui descendent en projetant des trombes d'eau, j'adore. J'ai les doigts et les jambes couverts de ce noir dégoûtant qu'on trouve dans les patins de frein et sur la chaîne. Faire du vélo n'est pas recommandé pour draguer ! Cela tiendra (NON, cela n'a pas tenu, j'ai du tout régler le lendemain matin au camping). Je repars. Il y a un col à 600 m d'altitude à passer avant le camping. C'est le col de Larone. Jusqu'où cette route penture, tortillonnante et mouillée va-t-elle descendre ? Car en plus il faudra remonter jusqu'à 600 m. Sur les bords de la route, fleurit cet interdit "Défense de camper". Je vois des camping cars se préparer très exactement à braver cet interdit. Ce n'est pas cette nuit, en tout cas, qu'ils mettront le feu. Première traversée de rivière, la descente faiblit mais ne cesse pas. Seconde rivière, ça remonte enfin, à 4%. L'altimètre dit "499 m". Il y a donc 100 m à remonter et je peux compter encore sur pas plus de 20' de lumière du jour, qui faiblit de plus en plus dans ces nuages bas et cette vallée à l'ombre. J'allume le phare, en plus du feu arrière allumé depuis le col de Bavella. La suite est sans surprise, dans un paysage toujours magique, la route longe une rivière qui passe au camping, la pluie cesse, le vélo et ses sacoches arrières sont trempés, j'arrive au camping dans les 19h, 1/2 heure avant le coucher du soleil, invisible dans ce versant Est.

Monter la tente sur sol mouillé, pas de temps pour la douche, et le snack est en plein air, dîner, d'une pizza. La nuit, pas un nuage, voie lactée bien visible en dépit des éclairages du camping. Le lendemain matin tout est trempé même à l'abri des arbres. Il faudra que je me fasse expliquer la rosée (nota: il y a rosée quand la température descend en dessous du point de rosée).

Test réussi ? Oui, mais 1660 m, c'est au moins 330 m de trop. Ça a pu passer du fait de la quasi-absence de pentes fortes (10% et plus) du type rencontrées en descente ou après Piedicroce ou surtout Vico.

Camping U Ponte Grossu (snack)
Route de Bavella, 20145 Sari-Solenzara, France
+33 4 95 48 26 61 <upontegrossu.com/>

21 septembre. U Ponte Grossu - Solenzara (Matinée de repos) - 15 km, 83 m montant, 199 m descendant

Jour de repos. Je dis bonjour au chat, répare ma chambre butyl, règle tous mes frein. Un patin avant avait tourné, il était temps d'arriver ! Je découvrirai plus tard que cette erreur m'a flingué le flanc du pneu avant (celui qui n'était pas usé).

Je déménage vers les 12h30 après pas mal de séchage au soleil. Au programme de Solenzara, pointer le VI, Acheter du jambon, des rustines (j'ai 3 jeux de patins de rechange et des câbles), des sous, réserver (tenter de réserver) la nuit à Tox.

Camping La Cote Des Nacres
T10, 20240 Solaro, France
+33 4 95 57 40 65 <campingdesnacres.fr/>

22 septembre. Solenzara - Prunete - 58 km, 463 m montant, 462 m descendant

La route est sans intérêt et très dangereuse du fait des camions qui doublent de près.

À Guidonacce, il n'y a pas le vélociste annoncé à Solenzara. Pas de rustines. Les Corses et le vélo, ça fait deux. À Tox, il y a plus de chiens que d'habitants. Le téléphone que j'ai relevé dans Google Maps, décidément bien imprécis, ("appartements en location") n'est pas attribué. Je déciderai de mon trajet à Aleria.

Ville romaine d'Aleria
Ville romaine d'Aleria

"Corsica Aleriaque": "La Corse et Aleria". Aleria était l'implantation maîtresse romaine en Corse, à l'époque d'Auguste, et valait pour les romains autant que le reste de la Corse. Le fort est intéressant, pas les ruines de la ville romaine. Il faut dire que les Corses n'ont jamais voulu habiter dans les plaines comme celle d'Aleria, trop exposées aux invasions barbares (dont celle des romains).

Aucun hébergement sur ma route nominale par Tox, je poursuis donc la nationale dangereuse 20 km de plus jusqu'à Prunete, le lieu-dit côtier de Cervione. À Aleria, l'employée de l'office du tourisme ne sait ni me renseigner ni décrocher son téléphone. L'employée doit être congelée (et payée, aussi, pour être congelée payée). Je demanderai à Prunete si je peux entamer l'ascension ce soir jusqu'à Cervione, ou si je dois vraiment dormir sur la plage dans un camping de Prunete.

Ce côté de la Corse, et ses habitants, gagnent vraiment à ne pas être connus. Demain soir, je serai à Piedicroce, j'imagine un autre accueil.

Camping Le Calamar face à la plage juste en face de la D71 qui monte à Cervione et va à Piedicroce. Panne de chargeur. Panne, aussi, du cable de charge de la batterie du panneau solaire, qui a un connecteur exclusif. Me voilà porteur d'un bien lourd presse-papiers: la batterie devenue inutile car non-rechargeable. Sympa, le gérant du camping me prête un assortiment de chargeurs montés sur multiprise. Ça chargera toute la nuit, mais pas la batterie du fait de son cable exclusif kapout.

Camping Calamar, Prunete, 20221 Cervione. +33 495 38 0354 <campingcalamar.eu/>
La bonne nouvelle de la journée, c'est le Resto face à la sortie du camping. On y mange, et pas trop mal.

À ce Resto, je restructure ma fin de trajet, dans sa portion montagneuse après Porto jusqu'à Ajaccio. Ragoût excellent.

23 septembre. Prunete - Piedicroce - 40 km, 968 m montant, 328 m descendant

Lever à 6h30, Ptidej et courses en bas, à Prunete, départ 9h15 vélo lesté. La montée est longue mais la pente, dans les 5 à 6%, est très favorable.

Chapelle à Prunete
Chapelle à Prunete
Cervione
Cervione
Cyclos Corses sur la route
Cyclos Corses sur la route

C'est sans doute la meilleure route vers Piedicroce. Il y a un maxi de pente dans le village de Cervione puis, examen de passage passé, ça s'aplanit dans le haut du village et au-delà. Hors Cervione (ou je ne repère aucun coin pour dormir), presque rien à manger. Je pourrai néanmoins prendre le piti café proche de Ortale et le café du déjeuner au col (819 m). Il y a un banc à Tarrano (800 m, juste avant le col), ce qui me permet, enfin, un casse-croûte confortable suivi d'une [rare] sieste sur le banc.

Arrivée à Ortale
Arrivée à Ortale
Café à Ortale
Café à Ortale
Encore des cyclos
Encore des cyclo, siestant
Fleurs

Petite étape d'environ 40 km, 800 m. Je suis à l'hôtel à Piedicroce à 15h30. Lessive et bière dans l'unique bar, aussi détenu par le propriétaire de l'hôtel. À l'entrée de l'église, je dis bonjour à un veau, qui me reçoit fort civilement. Ce veau n'est pas une vache [virtuelle] de Bruxelles [subventionnée par l'UE, et virtualisée par l'ingéniosité Corse]. C'est un vrai veau, qui me dit "Meuh".

L'Abeille locale
L'Abeille locale (et son Picsou)
Un veau fort civil
Un veau fort civil
Nef de l'église
Nef de l'église
La route de demain
La route de demain

Ce soir c'est 1/2 pension à 75€ (Dîner + nuit + Ptidej). Hier soir c'était: 14,50€ (Dîner pas cher) + 9,50€ (nuit normale) + 3,50€ (Ptidej pas cher mais pas nourrissant) = 27,50€. Le Dîner est à 19h30. Pas question d'arriver en retard. 10' en avance, fourchette à gauche et couteau à droite. Charcuterie, on ne s'en lasse pas; gnocchis avec une viande indéfinissable, excellent; moelleux à la châtaigne, sublime. Je suis fan de châtaignes, ça tombe bien, c'est la production locale quand le vent souffle. Au lit à 9h00, comme les poules.

Le Refuge-Orezza (hotel-restaurant)
Village, 20229 Piedicroce, France
+33 4 95 35 82 65 <hotel-restaurant-piedicroce.com/>

24 septembre. Piedicroce - Bastia - 74 km, 927 m montant, 1546 m descendant

Ptidej à 7h45, départ 8h 30. La route de Rossini part en montant chercher la ligne de crête (col de Saint Antoine, 687 m, et col de Saint Agostino, 685 m). Je suis plutôt la parcours nominal ACP, qui part en descente vers la source Orezza, puis descend la vallée. Vers les 300 m d'altitude, 2 routes partent à gauche (col de Saint Antoine et col de Saint Agostino). Le trajet ACP prend la route de droite vers le second col (Saint Agostino). Le premier col est fermé pour course de côte. La montée, très raide, dépasse souvent les 10% moyen sur 2 km. Deux fois, ce col aura droit à l'honneur du pied. Café dans un bistrot à Silvareccio (à 1€), le patron, sympa, m'offre trois biscuits au marron. Ce qui me hisse au trajet Rossini. Ensuite, je descend le long de la D237 avec le trajet nominal ACP et remonte par une très belle route (la D6) vers la trace Rossini. Un honneur du pied de plus et un col à passer (col de Chercheroni, 623 m). Ensuite c'est une belle descente vers l'aéroport de Bastia.

Café à Silvareccio
Café à Silvareccio
Rêverie d'un promeneur solitaire
Rêverie d'un promeneur solitaire
Bocca de Chercherone
Bocca de Chercherone
La plage avant Bastia
La plage avant Bastia

Il est 13h et il y a enfin à manger. C'est la zone, ici, mais la faim me fait m'arrêter. Suit une interminable route côtière sans intérêt vers Furiani puis Bastia. Je me trouve même contraint à rouler 200 m sur la 4 voies, vraiment dangereux. Enfin le camping est à main droite, juste avant le port de Bastia. Pour un parcours de descente, je compte 75 km par 850 m d'ascension (dont des parties dures).

Ce soir Resto au camping. Je trimballe, presque depuis Ajaccio, 450g de cassoulet dans la sacoche.

Les Sables Rouges (avec restaurant)
20600 Bastia, France +33 4 95 33 36 08

25 septembre. Bastia - Centuri-Mute - 60 km, 731 m montant, 710 m descendant

Horreur, la route et la voie ferrée sont juste derrière la limite du camp où j'ai implanté la tente, ce qui fera un bruit d'enfer et un réveil assuré à 6h20. Les voisins partent en catastrophe. Je présume que sur les trois tentes seule la première, que j'ai vue arriver, payera son dû.

Départ à 9h00. Circulation horrible à Bastia. Je monte au centre ville, fais quelques courses pour midi, un café et des sous et je repars très vite sur une route saturée de circulation. Cela se calme à 10 km de Bastia.

Le paysage est beau mais le trafic gâche tout, surtout que certaines voitures me frôlent, soit pour me doubler en croisant un autre véhicule, soit même sans raison apparente. Je ne fais pas le détour Rossinien par Pietracorbara. Ras le bol.

Marine de Sisco
Marine de Sisco
Café à Marine de Pietrocorbara
Café à Marine de Pietracorbara
Sur la côte Est du cap Corse
Sur la côte Est du cap Corse

Pointage ACP a Macinaggio. J'y lis Corse Matin. À Centuri ou je vais ce soir, c'est Clochemerle: un maire élu qui dit qu'il y a des pratiques mafieuses dans le village (il s'agit du foncier), un inconnu qui tire à la chevrotine sur son domicile, et un groupe d'habitants qui manifestent pour dire qu'il n'y a aucune pratique mafieuse dans le village. Chercher l'erreur !

Pour aller à Centuri, il y a un col à 360 m à passer. Au total, j'aurai monté près de 800 m pour cette étape présumée plate.

Le camping est tranquille dans le maquis, attention aux incendies ! Le port est trop loin (et 30 m plus bas) pour aller y manger. Ce soir soupe et cassoulet. Je n'ai pas pu payer le soir mais ai du laisser mon passeport en otage. Demain le bureau ouvre à 8h30.

Débuté le dîner à 18h45 après l'heure où les poules picorent le grain du soir, coucher de soleil à 19h20. J'ai du finir dans le noir. Il faut attaquer le dîner entre 1h et 3/4h avant le coucher du soleil, toutes autres choses en ordre, pour être bien. Ceci est à contraster avec les restos de camping ou d'ailleurs, qui ouvrent à 19h30, quand le soleil est déjà couché, exigences syndicales obligeant.

Camping Isulottu (avec accès à la mer: un long chemin)
RD 35, 20238 Morsiglia, Centuri, France
+33 4 95 35 62 81 <isolottu.fr/>

26 septembre. Centuri-Mute - Tedula (Costa) - 69 km, 1192 m montant, 1006 m descendant

8h45. Je suis prêt mais n'ai pas pris de Ptidej. À la réception, je paye, récupère mon passeport et demande conseil. Il y a café et épicerie à Centuri en bas et à Pruno en haut, juste 3 km à faire pour gagner Pruno, par ailleurs sur ma route. OK. 3 km plus loin, j'ai monté 200 m et rejoint la route côtière, qui roule en réalité en balcon loin au-dessus de l'eau. Le trajet de 65 km prévoit de grimper 1050 m, ce qui se confirme bien vite: la route est tout sauf horizontale.

Côte ouest du cap Corse

Le café n'a plus qu'un croissant et pas de pain. Le boulanger ambulant est arrêté là, lui aussi, et prend son café avec les copains. Il consentira, quand il regagnera sa camionnette, à me vendre du pain.

Courses faites, le vélo est encore plus surchargé. C'est vraiment la nourriture, ou son excès, qui surcharge le vélo. Il y a une corniche haute jusqu'à Marine de Canelle, je la prends, espérant moins de circulation. Cela ajoutera un peu plus de 150 m à l'ascension totale mais réduira la circulation à presque rien. Une bonne affaire.

Côte ouest du Cap Corse
Côte ouest du Cap Corse
Côte ouest du Cap Corse

Côte ouest du Cap Corse

Sur ce côté ouest, la côte est magnifique, on se croirait à San Siméon en Californie, mais avec une eau plus chaude, sans otaries et sans mer des sargasses.

Cyclos
Cyclos

Nonza
Nonza

Pique-nique près d'un torrent à sec. Parfait, mais (1) il n'y a pas de café et (2) pas de lieu pour la sieste.

Glace à la châtaigne et, enfin ! Café à Nonza (BPF 20). Très beau village perché verticalement au-dessus de la mer. Le village se visite à pied. Ici, avoir une voiture doit être handicapant. Il est 15h30, faut y aller.

Nonza
Nonza
Nonza
Nonza

Nonza

Ensuite, le paysage change, la route de Bastia nous rejoint. Finie la toute relative tranquillité. Traversée au pas de charge de St Florent. J'avais prévu d'y prendre une glace, mais cette succession d'usines à touristes n'est pas de mon standing.

16h 30, il reste une interminable côte de 200 m à monter. Je trouve le camping tout en haut sur un méplat. Le camping est fermé mais la dame a pour les cyclos une chambre qu'elle loue 15€: le bonheur. Dîner a 18h30, juste à temps, au lit à 21h30.

camping a la ferme (Aucun service)
Costa, 20217 Saint-Florent, France +33 6 23 10 24 72

27 septembre. Tedula (Costa) - Calenzana - 70 km, 1095 m montant, 1084 m descendant

Réveil 7h00, pas de tente à plier. Après un thé du matin aux pignons et sucre, avec pain au lait et chocolat, départ 8h30. Une heure parfaite pour rouler. La route, à la circulation moins dense mais toujours aussi dangereuse, longe le désert des Agriates. C'est superbe. Cette région est, comme son nom l'indique, virtuellement déserte. 66 km pour 1050 m, on dirait un raid vers Calenzana. J'envisage en effet secrètement de sauter la journée de repos de demain pour avoir un jour de plus sous le pied dans la montée vers Calacuccia. Alors je prévois d'enchaîner, ce soir, les 12 km vers Calvi pour partir demain matin, et non après-demain, de Calvi vers Porto (81 km par 1300 m).

Désert des Agriates
Désert des Agriates

Désert des Agriates

La route rouge qui vient de Corte nous rejoint peu après la frontière de région. Ici, les toits ne sont plus en lauze, mais en tuile. Trafic intense qui requiert une attention extrême. Il y a des trous énormes sur le bord droit de la route, il ne faut pas s'y laisser pousser, c'est pourtant ce que font souvent les petites voitures Corses, surtout quand elles suivent une autre petite voiture Corse qui double le vélo en croisant un autre véhicule. Chaque voiture passe plus à droite que celle qui la précède et cela se finit dans un trou du bas-côté, jante déformée et irréparable. Relativement, les camions font bien plus attention, mais sont aussi très dangereux. Il faut passer entre Charybde et Scilla: éviter les trous à droite tout en ne passant pas sous les roues des camions (on a droit à zéro essais et, contrairement aux jeux vidéo, on n'a qu'une vie).

Point de vue superbe
Point de vue superbe
Arrivée à l'ile Rousse
Arrivée à l'ile Rousse

À un point de vue superbe avant l'ile Rousse, arret pour le piti café de 11h. On ne peut que se demander comment et à qui ces concessions extrêmes, superbes et uniques, sont consenties. Sur place, les personnels sont tous salariés, on n'y voit jamais les propriétaires. Ce qui rapporte, c'est la possession (ou prise de possession) du droit d'exploiter, tout à fait comme la grande roue de la place de la Concorde. Ici, plus encore que dans le code civil, possession vaut propriété, et abus de droit vaut droit, du moins pour les Corses influents.

À l'île Rousse, shopping pour sous et crème solaire, j'ai aussi à manger pour ce midi et ce soir. Je commence à monter la D151 des cyclos à 12h15, il fait chaud, ce n'est pas une heure pour Claudine !

13h 45, j'ai passé les 400 m d'altitude, tous les villages traversés sont des beaux villages Corses de montagne, sans café. Pique-nique à un passage de torrent à sec. Pas de sieste.

15h00, col de Salvi (509 m), la route continue à monter jusqu'à 570 m. Le revêtement est très mauvais, on risque à tout moment le nid de poule fatal à la jante. Il faut, encore, une attention de tous les instants. Mine de rien, j'en suis à pas loin de 1000 m d'ascension depuis ce matin.

Col de Salvi
Col de Salvi
Col de Salvi
Col de Salvi
Monte Maggiore
Monte Maggiore

Ça redescend, raide et exigeant pour les patins de freins, avec quelques raidards d'après-traversée-de-rivière. Calenzana est en vue. Au resto local, le menu Corse semble bon, mais j'ai ma bouffe et il y a 700 m de route en descente du village au camping. Tant pis, ça sera pour une autre fois.

Vérification faite sur la carte, l'étape Sagone - Calacuccia (monter de 0 à 1300 m en 3 tranches, dont la seconde est très raide, pour un total de l'ordre de 1600 m, puis redescendre vers Calacuccia) n'est pas sécable. Je ne trouve encore aucun hébergement crédible en route (je le trouverai demain). Il faudra donc passer ça en une fois, peut-être avec un réveil à 5h00 ? Je maintiens donc une journée de repos au programme.

Je loge au gite de départ du GR20 à Calenzana. Dortoirs de 3. Prudent, je préfère monter ma tente (j'apprendrai après que tous les matelas des gîtes du GR20 sont infestés de punaises). Il n'y a plus de départs officiels du GR20 en ce moment avancé de la saison, juste quelques arrivés tardives dans la soirée. Le 1er giîe après celui-ci n'est plus gardé. On peut toujours partir, on peut toujours y passer la nuit, mais en autonome, comme dans le CR de "Randonner malin".

Comme chaque soir, déshydratation du jour, j'ai déjà bu 1 bidon et 1/2 d'eau depuis la douche. C'est apparemment sans fin, mais se termine brusquement sans prévenir vers les 22h00.

Confirmation reçue, enfin, d'un hébergement à Bastelica le 4/10. C'est un camping 4 km après Bastelica (plus haut, donc) à côté du pont Minocchi. Un camping vraiment sauvage, il n'y aura pas grand monde (ou personne).

Demain, journée de repos à Calvi. Il faut vérifier mon freinage en vue de la montagne qui s'annonce.

Bivouac au gîte de Calenzana
Bivouac au gîte de Calenzana

Le gîte est presque vide. Au Diner: 1/2 l de sousoupe et un cassoulet en boite. Le matin, il fait très froid.

gite municipal Calenzana
D151A, 20214 Calenzana, France +33 4 95 62 77 13

28 septembre Calenzana (journée de repos à Calvi) - 19 km, 70 m montant, 299 m descendant

Journée de repos qui débute tôt. Ici c'est réveil à 6h30. Vérification du vélo. Le pneu avant est abîmé, sans doute la fin de la descente du col de Bavella. Ceci explique le bruit périodique que faisait le vélo dans les descentes. Dommage car c'est de loin le pneu arrière qui est le plus usé, pas le pneu avant. Il me faut donc maintenant acheter un pneu de rechange pour l'arrière.

Vue depuis la citadelle de Calvi
Vue depuis la citadelle de Calvi

La maison du GR20 est définitivement fermée.

Je change le pneu avant, vérifie et ajuste les freins, finit mon huile de chaîne de luxe sur la chaîne, qui dit "merci". Le vélo semble prêt pour la montagne.

Demain (Porto) sera une étape longue (80 km et usuellement collineuse). Je partirai avec le manger de midi.

Descente vers Calvi: 12 km dont 3,5 sur la grosse nationale qui vient de Bastia et se termine à Calvi. La descente est régulière, le paysage sans intérêt, le tronçon de nationale dangereux à souhait.

Le camping est tout près du centre, j'y mange sandwich et fruit près de la piscine, mais pas de café. Avec le vélo, je pars explorer, acheter des cadeaux et des sous, compléter le midi de demain, qui doit être parfait. Je repère un resto du Routard et visite la citadelle à vélo. Je n'y trouve qu'une pizzeria. Ce n'est pas l'endroit où dîner.

Je finis la journée avec une bière face aux bateaux de plongée (tout le monde, ici, va plonger sur l'épave d'un bombardier américain). À 7 heures, je serai au "À Piazzetta", une recommandation du routard et des gens du coin, un endroit qui n'encourage pourtant pas, selon mon expérience, les étrangers à venir.

Un excellent dîner, après cette entrée en matière difficile. En partant, je constaterai que cet endroit grouille de monde alors qu'aux alentours, les restos sont vides.

Camping La Clé des Champs
Route de Pietra Maggiore, 20260 Calvi, France
+33 4 95 65 00 86 <calvi-cledeschamps.fr/>

29 septembre. Calvi - Porto - 81 km, 1106 m montant, 1037 m descendant

Magnifique route en corniche. Pas de danger avec les voitures. Par contre, le revêtement est très très mauvais. Chargé, on y prend autant de risque pour les jantes que sur un muletier. Toutefois, ne pas écouter les rabat-joies qui, ne connaissant rien au vélo, conseillent de prendre la route de l'aéroport et son col à 500 m et des bananes. Laisser cela aux cars Polonais ou Allemands.

Corniche de Calvi à 9h30
Corniche de Calvi à 9h30
Après Calvi

Arrivée à Porto tardive, très tardive même, retardée par un car polonais qui a tenu à passer cette route bien trop étroite et tortillonnante pour lui. Retard aggravé par le camping Porto Sole e Vista qui a deux entrées (en haut et en bas d'une boucle de la route) et qui envoie bêtement les visiteurs ignorants de cette situation à l'entrée du haut.

La corniche avant Porto
La corniche avant Porto
Car Polonais empêtré avant Porto
Car Polonais empêtré avant Porto

Juste le temps de monter la tente, charger les appareils et prendre la douche. Ensuite, dîner au resto d'à côté, avec un verre de vin à 4€. C'est dit: ma prochaine étape sera Vico (une table d'hôte du Routard) et non le camping de Sagone, trop bas pour que l'étape qui suit semble raisonnable. Finalement, on pouvait couper l'étape Sagone - Calacuccia.

Camping Porto Sole e Vista (Choix de camping)
Pont de porto, 20150 Ota-Porto, France. Accéder par en bas, ne surtout pas monter à leur entrée secondaire haute.
+33 4 95 26 15 71 <camping-sole-e-vista.fr/>

30 septembre. Porto - Piana - Cargese - Vico - 57 km, 1248 m montant, 801 m descendant

Pas de possibilité de tirer du liquide a un distributeur: plafond hebdomadaire de la banque dépassé. Il faudra tenir jusqu'à Corte. La montée vers les Calanches est raide mais sans surprise: 4 à 500 m à monter, et on arrive en haut d'un paysage rocheux extraordinaire. Comme à la corniche des Cavaliers (gorges du Verdon), il y a, au bon endroit, un bistrot sublime (tenu par des gérants, propriétaire invisible, comme d'habitude) pour regarder le paysage et pointer son BPF. J'en suis à 5 BPF Corses sur 6, reste juste Corte à pointer pour solder la Corse. Mais on ne peut pas solder tout à fait la Corse comme ça: le pays est presque aussi sale que l'Algérie, les conducteurs sont majoritairement détestables mais le paysage est beau et de nombreux Corses sont attachants, ce qui rachète les autres (ceux qui, justement, ne le sont pas).

Départ de marches
Départ de marches
Les calanches
Les calanches
Le bistrot sublîme
Le bistrot sublîme
Les calanches, encore
Les calanches, encore

Les Calanches, ce n'est pas Piana. Des calanches, il faut encore monter vers un lieu autoproclamé "plus beaux village de France". Il faudra me convaincre que ce qualificatif élogieux est mérité. Nonza est un village perché sur la mer. Nonza, en soi, est magnifique, d'accord. Piana, par contre, est juste un village perché a proximité des Calanches. J'ai bien fait de pointer avant car Piana est trop moche. Le panneau d'entrée du village a été démonté par un contestataire Corse. Je doublerai mon pointage par une photo du panneau d'entrée à Piana côté sortie et je file, inutile de m'éterniser.

Descente, essentiellement, sur Cargese, moche mais avec peu de trafic et un bon revêtement, c'est très agréable. Sauf qu'au moment d'arriver (on est au niveau de la mer), la route a soudain la lubie de passer un col a 100 m (col de Torraccia, 100 m). On redescend ensuite au niveau de la mer... Pour remonter à 100 m car c'est là qu'est la ville de Cargese.

Carguese
Cargese
Carguese - Vue sur le port
Cargese - Vue sur le port, là-bas en bas

Je crois que l'explication tient à ce que, comme moi, les Corses détestent l'eau. Cela explique beaucoup: pas ou peu de poisson ou autres fruits de mer en bord de mer, les villages sont perchés, les voiliers sont tous chers et étrangers, les maisons en bord de mer on tendance à exploser spontanément...

Direction Sagone, la route descend, puis est plus plate. Sagone est moche de chez moche. Plage bidonville pour étrangers sans le sou.

De là, la route part vers le col Saint Antoine (déjà le 2° col de St Antoine). 500 m à monter entre 5 et 7%. Ce serait simple avec un vélo léger.

Dans le denier souffle de mon téléphone court en batterie, je trouve mon hôtesse Corse de chez Corse et sa petite fille de 5 ans hyperactive, que Gulli ne parvient pas à capturer. Cette nuit sera meilleure que les précédentes. Un super dîner, avec de la panse de cochon et du pinard en cubi.

Chambre d'hotes Santander Carlotti, Vico
Route du stade, au col de St Antoine venant de Sagone, à droite vers Vico et tout de suite à droite, route qui monte, 50m
0687 20 2531

1er octobre. Vico - Calacuccia - 51 km - 1362 m montant, 1028 m descendant

Il pleut le matin, une pluie fine, inattendue et d'autant plus désagréable que j'ai perdu mon Gore-Tex hier, mal arrimé qu'il était à ma mauvaise sacoche arrière. Voilà un Gore tex de 10 ans (acheté pour PBP 2007), un peu usé et couvert de cambouis, qui va me manquer. Françoise, au moins, sera contente de la disparition de cette horreur. C'est comme des flouch-flouch usés, on s'y attache !

Le Ptidej, 7h30, est pantagruélique et échappe à toute description. Et encore, du fait de l'heure matinale, il n'y a pas de pain frais ni croissants. Les beignets suintants de sucre sont si bon que la dame m'en fera cadeau, ce qui me permettra de survivre à cette étape sans *aucun commerce.

10h00. La famille cochon est déjà là
10h00. La famille cochon est déjà là pour le piti café du matin

On attaque le sérieux (Le dur) dès 9h00, au premier kilomètre. Il ne tombe plus que quelques gouttes. 2 chevrons sitôt mis les pieds sur les pédales. Le résultat se mesure en 100 m seulement: l'honneur du pied, à peine parti. Le traceur fou de cette route a fait l'économie d'un lacet.

La pente redevient vivable après 300 m et je parviens à grand peine à redémarrer sur le vélo.

Cristinacce
Cristinacce

À 1,5 km du sommet, de nouveau, le traceur fou a fait un "tout droit" au lieu de se payer un lacet. Nouveau tronçon d'honneur du pied de 500 m près du sommet. Je parviens à redémarrer sur le vélo peu avant le sommet, pour l'honneur. Col de Sevi à 1100 m, pente moyenne entre 10 et 12%. Cela fait dans les 600 m (vertical) d'une ascension qui laisse des traces dans les jambes. Le seul village du parcours (Cristinacce) est un peu plus bas. J'y passe un peu trop tard pour le café de 11h. Pas de problème: il n'y a *rien d'ouvert. Pas un café, pas une épicerie, pas une boulangerie, pas une mobylette. Rien. La zone, quoi.

Inventaire de sacoche : 100 g de jambon cru, une banane solitaire, les beignets de la dame et des biscuits Corses. C'est avec cela que je dois finir l'ascension.

Col de Verghio (1477 m)
Col de Vergio (1477 m)

Partout sur les bords des routes, on trouve la famille cochon, le groin dans la terre, les petits se chamaillant pour tout prétexte, le tout dans la bonne humeur. Ils sont bien nourris. Parfois ce sont des vaches efflanquées ou des jeunes taureaux exhibant leur fierté de mâles, campés au beau milieu de la route.

Par cette route, par la montée des deux premiers cols, on paye pour voir le debut du 3°. De 1100 m d'altitude, il faut descendre vers 700 m pour attaquer enfin la montée jusqu'à 1477 m du col de Vergio (bocca de Vergiu). Ceci permet, enfin, d'entrer dans le Niolo, la partie la plus centrale, la plus montagneuse, la plus Corse, de la Corse. J'attaque cette montée cuit. La montée est très civile: entre 5 et 6%, comme le petit St Bernard sans les lacets. Un col taillé pour les diligences. Mais je suis déjà plus cuit qu'une diligence. Tout mon stocks de beignets de la dame y passe, ainsi que le plus gros de mon stock de biscuits Corses, et la banane (oui, il n'y a pas d'ânes, en Corse, quémandant des bananes à Jocelyne).

Il fait froid là-haut. Sans le gore-texte, je mets tout mon stock de vêtements (dont le pull en cachemire fauché dans mes affaires de ville fauchées dans mes pulls de la vie normale). Pourvu qu'il ne pleuve pas. La descente est parfaite pour les freins: peu de pente et virages à grand rayon. C'est le vent qui freine, pas mes patins de frein Mafac qui commencent à montrer leur usure. Passés quelques kilomètres, croisement du GR20, il y a un hôtel et un gîte. Enfin un café et un "revenez-y" de biscuits Corses.

Ensuite c'est la descente, froide au milieu des petits cochons, qui passent bien plus vite que dans la montée. Quelques gouttes de pluie, une légère remontée à faible pente pour réchauffer la machine. Au milieu de Calacuccia, déserte, se trouve l'hôtel des Touristes avec ses chambres de gite -normalement partagees- pas chères. Mr Garmin dit: "54 km, 1330 m". Du fait de la pente des premiers 600 m, c'est énorme.

Dîner au resto d'en face, à 19h pile. J'y suis. Un bon dîner Corse au menu, avec beignets de légumes, sauté de veau et tiramisu à la châtaigne.

10h. Extinction des feux. Demain, comme ce matin, réveil à 6h45 pour Ptidej à 7h30.

Hotel des touristes, au centre de Calacuccia. 0495 48 0004

2 octobre. Calacuccia - Corte - Vivario - 50 km, 977 m montant, 1166 m descendant

Hôtel des touristes à Calacuccia
Hôtel des touristes à Calacuccia

Comme les poules, je me réveille à 6h30, ce qui me met au Ptidej (excellent) a 7h15 et à la supérette pour les courses de midi à 8h00.

Il fait très froid. 500 m après le départ dans la descente, il faut un arrêt pour ajouter une 5° couche à mon 4-couches (dont 5 à manches longues). Superbe descente dans une gorge étroite qui rappelle les clues chères à Georges Rossini. Formidable, ce Rossini ! Les camions doivent s'annoncer pour prévenir les voitures d'en face de ne pas s'engager. Sauf les cars allemands, qui y vont en confiance toute teutonne.

Au loin, Corte, il est 11 heures
Au loin, Corte, il est bientôt 11 heures

La rivière descend vers un fleuve, Le Golo, qui va vers Bastia Borgo. Au pont de Castria, Je cesse la descente pour remonter un affluent qui vient du col d'Ominanda (654 m), col d'où on peut redescendre vers Corte. Corte est sur le fleuve Tavignano qui descend vers Aleria. En bas la patronne d'un café ouvre exprès pour me préparer un double café. On parle de la pente de la route. Je fais erreur. La majorité des Corses n'a aucune notion de pentes, et Michelin est, à cet égard, totalement fantaisiste. Je parts pour monter 300 m réputés d'enfer... Qui se soldent par 300 m à 5% régulier. J'arrive à Corte vers 11h, j'aurais pu y faire mes courses.

Emplacement avec table pour casser la croute
Emplacement avec table pour casser la croute

Je monte à la citadelle pour la pente, parce que j'avais traçé ce parcours et pour y bavarder avec la demoiselle de l'office du tourisme qui me tamponne mes cartes de route. Il n'y a rien à faire à Corte, alors je redescends en sens inverse vers la rue principale. Je ne remplace pas mon Gore Tex parti en douce dans une descente au cimetières des Gore Tex: les alternatives locales sont trop chères et trop nulles. Je prends 100€ en banque, la SG a levé son embargo hebdomadaire. Un café là où les Corses s'abreuvent, avant de partir dans la descente.

Il est 12h30, la sortie de Corte est un gigantesque embouteillage. Les Corses ont remplacé les ânes par des voitures, pas pour le mieux. Je suis la T20 qui va vers Ajaccio. Ça commence par une montée de 400 m avec des chevrons fantaisistes. Comme souvent, les virages de l'ancienne route ont été rabotés, accroissant ainsi la pente. Pas terrible pour les vélos. Pour la première fois depuis mon arrivée, je trouve, dans un ancien lacet réaménagé, un emplacement avec table pour casser la croûte. Un cyclo flamand m'y rejoint et on bavarde un peu. Ses références sont Hollandaises: toute une éducation à refaire. Je lui révèle les adresses web de l'ACP et de Georges Rossini. On finira ensuite la montée ensemble, pour nous séparer en haut. En haut je trouve un groupe de français qui font bruyamment un tour de Corse à vélo avec camionnette suiveuse. Pour faire un tour de Corse, leur idée d'une logistique serrée semble néanmoins (nonobstant le bruit qu'ils font) bonne.

De là, la route redescend, pour ensuite remonter vers Vivario, puis le col de la Serra (807 m) d'où part la route de demain vers Ghisoni.

Arrêt à l'hôtel U Campanile de Vivario. Il est 15h30, c'est très tôt après une étape pas du tout ridicule (50 km et 900m), mais les pentes sont toujours restées raisonnables.

Mes prévisions pour les jours suivant sont enfin quasi-certaines. Je réserve enfin mon bateau pour le 5 au soir à Ajaccio, au lieu du 6 initialement retenu. Demain, il y aura deux fois dans les 650 m soit 1300 m à monter et 59 km. C'est le maxi raisonnable.. Au vu du test de Zonza, je sais que cela passera.

Hotel U Campanile, a côté de l'église, 20219 Vivario
0495 47 2200 <www.hotel-restaurant-ucampanile.com/>

3 octobre. Vivario - Zicavo - 57 km, 1339 m montant, 1258 m descendant

Ptidej à 7h15, ça devient une habitude. Je fais mes courses à l'épicerie Corse. Le frère de la patronne est berger et lui a donné les droits exclusifs sur la vente de ses salaisonneries et fromages. Elle entame pour moi un nouveau jambon, un vrai, excellent. Elle livre par la poste sur le continent, alors je note son adresse.

L'Affacata Épicerie fine (produits Corses)
20219 Vivario
Tel 06 46 20 04 88 (ou 04 95 30 69 02)

Comme dans le val d'Aoste, la majorité des jambons sont fumés à partir de cochons hollandais. Le vrai jambon Corse est rare, on le trouve dans des épiceries comme celle-ci. Je fais de l'eau à la fontaine. Ici c'est encore le meilleur choix pour avoir une bonne eau. On est à 650 m d'altitude.

À 8h15, j'entame la montée sur la nationale, et 2 km plus loin sur la route à gauche (D69) qui monte au col de Sorba (1311 m) et mène à Ghisoni et sa région (une vallée). Paysage magique dans la lumière du matin. Le meilleur outil quand on a un camion en guise de vélo et qu'on monte des cols, c'est l'écran "pente" du Garmin. Il montre dans sa fenêtre 500 m et 1km devant et 50 m au dessus et au dessous. Ainsi, si la courbe de profil s'inscrit pile dans la diagonale de la fenêtre (1 km par 50 m), le prochain km fait 5% moyen. On voit aussi facilement le 10% moyen (au trait des 500 m), et les pentes intermédiaires par interpolation. Tache dans ce paysage: sur la dernière épingle du col cette inscription "Français de merde". Au sommet, il est 10h30. La montée n'a pas été trop chaude.

En montant de Vivario
En montant de Vivario
En montant de Vivario
Français de merde
"Français de merde"

En montant de Vivario

À Ghisoni (670 m) après la descente, je trouve un établissement arborant le pannonceau FFCT. C'est l'hôtel Kyrie. J'y prends un double café et une énorme portion de gâteau à la châtaigne, avec de la crème anglaise. Le patron tient cet hôtel depuis 50 ans et connait le vélo. Pour le vélo, il recommande les vrais villages de montagne (pas comme Corte) et un trajet de 80 km par jour. Selon lui, pour visiter la Corse à vélo, les deux meilleurs mois sont septembre et octobre. Mai a tendance à être plus pluvieux.

Arrivée sur Ghisoni
Arrivée sur Ghisoni
Gâteau à la chataigne
Gâteau à la chataigne de l'hôtel Kyrie

Je reprends la route vers le col de Verde (1289 m). La montée est facile. A 1150 m, il est 13h30 et je m'arrête pour casser la croûte. Le jambon de l'épicière de Vivario est effectivement excellent. Il fait frais. Montée au col où une boutique est installée mais fermée. Ils soldent les boissons froides. Pas de café, je descends à Gozzano, ou le café vient de fermer (à 4 heures). Route en corniche vers Zicavo. Je suis sur la route de Sartene.

L'hôtel, à Zicavo, est très calme, je semble être leur seul client. Pas de bière pression. Diner à 19h30, avancé pour moi à 19h. Je poste un chèque de 32€ pour le Tresorier de Suresnes car un mail du trésorier de Suresnes me dit que les Abeilles sont venues à huit à la randonnée des Vendanges et n'ont pas payé. Il y a des bruits de grève SNCF pour mon retour, pour le mardi 10. On est plus insouciant en Corse.

Au menu de ce soir, soupe Corse (une soupière pleine) avec pommes de terre, carottes, haricots corses (une variété Corse de musiciens), poireaux, viande; puis navarin d'agneau aux haricots corses (des gros, musiciens aussi, à leurs heures); puis une énorme part de flan de boulanger. Le tout avec un verre de rouge.

Ptidej négocié avec la patronne: 7h45. Donc réveil 7 heures.

Hotel Le Florida, Zicavo
0495 24 4311

4 octobre. Zicavo - Bastelica - 60 km, 1342 m montant, 1293 m descendant

J'avais négocié le Ptidej pour 7h45. Du moins c'est ce que je croyais. Tous les approvisionnements arrivent en camionnette de livraison et le boulanger passe dans les 8h00. Je prends quand-même mon Ptidej et peux partir à 8h45. Le matin il fait très frais à ces altitudes, il faut fermer toutes les portes étanches dans les descentes, surtout à l'ombre, sous peine de rhume. A Zicavo, on est tout au bout du haut Taravu, sur la ligne de partage des eaux.

Descente, donc, et traversée du fleuve Taravu. Il y a pénurie de cafés et d'épiceries sur la route.

Corrano, avant Zevaco
Corrano, avant Zevaco
Zevaco
Zevaco

Café, finalement, à Zevaco et courses à Santa Maria Siche. J'ai monte dans les 400 m et les locaux, qui l'ignorent, imaginent difficilement que je puisse passer le col St Georges (747 m), à fortiori arriver à Bastelica.

Campo, le village de Roland
Campo, le village de Roland

Campo, le village de Roland

Le tronçon de T40, en montée jusqu'au col St Georges, puis en descente jusqu'à Cauro, est très désagréable. Ce n'est pas la pente, trop forte, de 7 à 8%, ce sont les voitures et les camions. Au col St Georges je vois l'auberge où j'ai failli faire étape pour la nuit pour sa bouffe. Je passe. Je constaterai plus tard que faire étape là était incompatible avec une montée à Bastelica et un retour à Ajaccio dans la foulée, à temps pour le bateau de Marseille. On n'est pas des avions !

Enfin à Cauro, dans les 13h et encore à jeun, j'attaque la montée. Une quadruple montée, faut-il dire, car on passe 4 cols avec, après chacun, une dégringolade de 50 à 100 m. Boca St Alberto (536 m), col de Marcuccio (670 m), col de Cricheto (725 m) et col de Menta (756 m). Enfin, la route monte de nouveau en entrant dans Bastelica.

Dans la fin de montée, je croise mon flamand du 2. Il a campé à Bastelica la nuit dernière dans le froid et les moisissures, a fait une grasse matinée et mangé le midi (bien) chez Paul en haut du village. Il est 15h00 et il attaque guilleret sa descente vers Ajaccio.

À la maison Sanpiero, j'étais attendu par la cheffe. Comme Paul (le célèbre restaurant panoramique du lieu) est trop loin, je présume [mal] que je vais dîner au restaurant Scaldasole, que la cheffe dit ouvert. En cas de problème, je monterai chez Paul à pied avec la torche pour m'éclairer au retour.

Bastelica
Bastelica
Statue du héros Corse Sanpiero
Statue du héros Corse Sanpiero
Hôtel Sanpiero
Hôtel Sanpiero

Scaldasole ? Fermé (qui l'ignorait ?). Il ferme le mercredi. Je me casse le nez, les trois motards italiens de la chambre à côté aussi. Va pour Paul. Au téléphone, ils disent ouvrir à 19h30. J'enlève les bas de jambes de pantalon, mets les nu-pieds de vélo, le couvre selle et le coupe-vent FFCT, et roulez bolide.

Je double les trois motards qui, à pied, pensent encore aller à la pizzéria un peu plus haut. 10' de montée raide plus tard, j'arrive au resto de chez Paul, haut perché au dessus du village.

Restaurant Chez Paul, lieu-dit Stazzona, 20119 Bastelica. 0495 28 7159.

19h20, la nuit tombe. Il me faut attendre 10' (avant l'heure, c'est pas l'heure). puis j'entre, le premier, et ai la meilleure table pour la vue imprenable sur la Vallée d'un noir d'encre, car il fait déjà nuit.

Salaisonneries (maison), canellonis aux épinards avec un verre de vin et mousse à la châtaigne (au goût trop confidentiel). Les trois italiens sont arrivés. Ils se sont perdus. Je paye et je redescends avec le vélo, l'éclairage et Mr Garmin. Je plains les pauvres italiens qui vont devoir redescendre 1,2 km à pied dans le noir. Le Routard ne tarit pas d'éloges sur la jovialité du patron de chez Paul et sur la modicité des prix. Je conteste chacune de ces affirmations (payé 28€). Mais néanmoins, c'était bon.

Descente sans faute, grâce à Mr. Garmin qui me signale un " à gauche" que je n'aurais jamais repéré dans ce noir d'encre. Les Italiens vont-ils dormir dehors ? Pour aller dîner, il me révèle que j'ai roulé 2 fois 1,2 km et monté 60 m.

Hotel Sampiero 20119 Bastelica, centre ville (D27 x D27A)
0495 28 7199

5 octobre. Bastelica - Ajaccio - 55 km, 349 m montant, 1128 m descendant

Ptidej à 7h30, Départ à 8h15 ptidej pris. Je retrouve les autres mangeurs d'hier soir chez Paul. Il ne semble pas qu'il y ait eu, hier soir, d'alternative à "Chez Paul" pour dîner. L'hôtelier l'ignorait complètement. Je retrouve bien ici une caractéristique commune à tous ces gens charmants (à ceux qui le sont): comme en Polynésie, on est perpétuellement frappé par le "fiu" local. Même si on veut rendre service, au fond on ne fera pas un pas en avant pour aider, comme si on s'en foutait, et plus vraisemblablement parce qu'on se focalise sur son propre confort, au détriment de tout le reste.

Je fais un chèque pour régler mais finis en ne mettant aucun ordre. Ce n'est pas "hôtel Sanpiero" car les propriétaire ont abandonné le statut d'hôtelier pour celui de "chambres d'hôtes", et cela bien que cet ancien hotel compte bien plus de cinq chambres. La fiscalité favorise largement les chambres d'hôtes et, en outre, ces hôteliers vivent souvent largement cachés, difficiles à trouver par qui n'est pas sur place. Et ils semblent ne pas s'en préoccuper.

Le drapeau Corse flotte sur ce rocher
Le drapeau Corse flotte sur ce rocher

Je redescends par la corniche de Prunelli, magnifique avec les couleurs du matin. Il fait très froid, ce n'est pas un temps à camper sans duvet de montagne. Au premier point de vue sur le lac de retenue du barrage EDF, des tables et des chaises colonisent tout l'espace. Une "paillote" tractable sur roues (roues depuis longtemps définitivement éliminées) gère l'endroit. Précisons qu'une paillotte se définit comme bien "meuble" (pas "immeuble"), transportable, oté des lieux l'hiver et don uniquement sur place l'été. On dirait un conteneur de 20' construit en meccano soudé par un serrurier local. Un groupe électrogène ronronne à 20 m et le conteneur a sa propre réserve d'eau. À ma demande, la dame qui gère l'endroit me précise qu'elle l'a acheté comme ça. Elle est donc propriétaire, elle. C'est ma première propriétaire. Acheté, avec quels droits fonciers ? Probablement avec un droit d'usage du sol de la commune de Tolla gratuit, probablement pris sans demander à la commune, qui aura fermé les yeux, et sans jamais déménager la paillotte réputée démontée en hiver pour bénéficier de la tolérance fiscale, ni être inquiétée par qui que ce soit. J'y prends un café en dépit de l'heure trop matinale et je me réchauffe au soleil en profitant (sauf groupe électrogène) du calme des lieux.

Col de Mercujo (715 m)
Col de Mercujo (715 m)

Avant Ocana, la route passe le col de Mercujo à 715 m. On y trouve une authentique maison en surplomb sur la route, aménagée en restaurant. Pas démontable, cette fois, mais tout aussi permanente. Sauf arrangement avec le bon dieu, la fiscalité y est bien plus lourde que pour une paillote. Deux poids, deux mesures ?

Le fleuve Prunelli est l'un des 3 fleuves d'Ajaccio. Sans me presser, je descends doucement vers le bateau la Girolata, qui m'attend sagement à Ajaccio depuis ce matin. Il n'y a pas d'épicerie mais je trouverai bien à manger quelque part.

C'est à Bastelicaccia, vers 11h30, que je trouve des "wraps" à manger. Je n'avais jamais mangé de wraps de ma vie. Il faut bien une première fois.

Ajaccio
Ajaccio

Arrivé sur l'autoroute (qui, me disent les Corses, n'est pas une autoroute) qui va vers l'aéroport et Ajaccio, pas d'alternative à rouler dans la bande d'arrêt d'urgence de l'autoroute. Ensuite, sitôt passe le prolongement des pistes, après l'intersection avec la T20, je prend à droite la D403 qui me ramène au centre d'Ajaccio. Dans le trafic des camions qui me doublent au ras des moustaches, je cherche vainement le bureau des parcs nationaux, pour les adresses des gîtes, tente vainement d'embarquer à 16h00 sur le Girolata, comme je ferais avec un hôtel. NIET. Accès réservé aux gens qui travaillent, et il faut fiche la paix au personnel de bord qui a pourtant eu depuis 8h00 pour refaire les chambres. FIU, le même j'menfoutisme Corse, si dommageable à la réputation collective de cette île.

Je vais alors à la Casa Gelat (17 rue Porta) prendre une glace suivant le conseil du Routard. C'est dur à trouver mais tranquille, au centre de l'ancienne ville. Les glaces sont "maison", les boules sont à 2€ et pas 2,50€ comme ailleurs. Marron-praliné, sur les conseils de la vendeuse. Je repasse à l'office du tourisme d'Ajaccio et région, qui n'a toujours aucun relevé d'adresses en Corse. C'est fait par leurs collègues en charge de la Corse -qui ne reçoivent pas les visiteurs- et qui ont cessé de faire cette liste (fiu?). Ces listes de campings, de tables d'hôtes et autres sont réputées disponibles sur internet mais personne n'a vérifié. Moi non plus.

À 16h30, je suis sur les starting-blocks blocks de l'embarquement, dans l'enceinte du port autonome, avec les voitures. Cette fois la barrière est ouverte, mais on ne peut pas entrer pour cela. On nous parque, les motos et moi, à l'ombre pour 5'... 45' plus tard, toujours parqué, je vais voir le gars qui envoie les voitures vers le bateau. "Naturellement on peut monter, il suffisait de demander"...

Enfin, vélo rangé, je peux prendre la douche et faire une lessive semi-sénégalaise. Le luxe. À mon retour, mes vêtements seront trop propres. Que faire pour les salir un peu et faire ainsi un peu plus baroudeur ?

la Girolata
la Girolata
Au-revoir la Corse
Au-revoir la Corse
Cabine du Girolata
Cabine de la Girolata

Départ d'Ajaccio pile à 19h, je file au self pour y être dans les premiers et prendre une table fenêtre avec vue vers l'avant et les îles Sanguinaires à tribord. Au dîner, une montagne de pâtes à la bolognaise servie par le cuisinier sympa, avec un énorme dessert rempli de pâte d'amande et du vin rouge. Ensuite, au lit avec réveil à 6h15 pour être prêt à descendre à 7h sans Ptidej. Sauf que, à 6h, un barouf d'enfer, avec chanteur Corse, nous réveille dans les haut-parleurs des chambres pour nous catapulter zombies au self et nous vendre un Ptidej. Pas à moi. Je finirai par prendre mon ptidej à Arles à-côté de la gare.

La Méridionale: "Girolata"

6 octobre. Marseille - Les Saintes Maries de la mer

Les Saintes Maries de la MerPour sortir du bateau, je me trouve, avec le vélo, un pont plus haut que celui d'où on sort sur le quai, il va donc falloir redescendre d'un niveau par un plan incliné interne au bateau. Je serai mélangé aux voitures, mais heureusement pas aux camions, qui sortiront en derniers. C'est très inquiétant, surtout la rampe interne au bateau qui descend d'un étage, que je passe à pied suivi par des voitures piaffantes d'impatience. Sur le quai, il y a un mistral d'enfer à tomber de vélo. La sortie du port, au milieu du trafic voitures et camions, en plein vent, avec parfois des très mauvais pavés à pincer la chambre ou un pont avec des fentes longitudinales à coincer un pneu fin, est non-racontable. Enfin, je suis dehors à l'entrée de l'autoroute et je n'ai plus qu'à trouver mon chemin vers la gare Saint Charles et ses 10 camionnettes de CRS, en plein milieu du quartier (disons, de la zone) Algérien. Le voyage est fini.

Sur la route du retour, je vais pointer les Saintes Maries, paradis du cheval Camarguais. Il y a trop de vent et il fera trop froid pour y camper.

Mas Saint Georges - Brenda Gatti
Astouin (suivre la RD38)
13460 Les Saintes Maries de la Mer (France)
Tél. : +33 (0) 4.90.97.52.08
Portable : +33 (0) 6.16.53.52.18
E-mail: <[email protected]>
<www.brendatourismeequestre.com/>
Coordonées GPS:
Latitude:N 43.53178
Longitude:E 4.37067

Et après ?

La Corse à vélo, c'est dangereux. Ce n'est ni pour les amateurs (il *faut savoir garder sa ligne en toute circonstance, même stressante) ni pour les cyclo-campeurs (il faut être aussi léger que possible pour vaincre les pentes parfois très fortes sur sol tout déformé et pour conserver en toute circonstance sa maniabilité). Le trajet ci-dessus, en 20 jours dont 2 de repos (coût 65€ / jour hors voyage en dépit des camping à bas coût), était magnifique (hors Ajaccio, hors Bastia et hors route côtière Bonifacio-Bastia) mais je ne le recommande qu'à ceux qui tiennent à le tenter. Le trajet de Rossini (1500 km, 150 cols) est certainement bien mieux (plus de montagne, moins de côte) mais, en cyclo-camping, ce sera dur et il faudra prendre un duvet pour 8°C et non 17°C, plus lourd encore, encore plus volumineux. Ici, à partir de Vico jusqu'à Bastelica, j'étais en gîte, table d'hôte ou hôtel. Le Routard et Google Maps (aidé par les pages jaunes) étaient ce qu'il faut pour pré-selectionner les hébergements. Au-delà du 20/9, le froid gagne en altitude et rend le camping impossible avec un simple duvet d'été, et la majorité des campings ferme le 30/9. Il faut absolument récupérer les adresses des gîtes des marcheurs proches des routes pour tracer son parcours. À ma période, jamais de problème de place, mais 30% de chance que l'hébergement choisi soit fermé. Deux personnes ont rouvert, et/ou fait un dîner exprès pour moi, favorisant ainsi les piétons et cyclistes.

Les non-français (même certains français) utilisent des road-books, souvent hollandais. Beaucoup de femmes accompagnent leur homme à vélo électrique (ce qui leur interdit l'avion du fait de la batterie) et portent le gros des sacoches. J'ai croisé un et un seul tandem. Le tandem n'est pas à recommander pour la Corse (pentes montantes, descendantes, maniabilité).

Pas plus de 60 km ou 1300 m de dénivelée positive par jour ? On peut allonger, mais en respectant la règle et en l'inversant: pas plus de 1000 m (maxi 1300 m de montée), se méfier des pentes supérieures à 8% qui tirent sur le bonhomme et accumulent l'acide lactique, et ne pas dépasser 60 km avec 1000 m à monter (maxi 80 km s'il y a moins de 800 m à monter). L'hôtelier recommandé par la FFCT de Ghisoni m'a dit de viser 80 km. Il a raison, mais en roulant léger ou avec 20 ans de moins.

Enfin, un embargo pur et simple de la Corse fait sens, du fait de la majorité de voitures 2A et 2B (immatriculées en Corse) qui nous rasent en doublant, au mépris absolu du risque qu'ils nous font encourir. La Corse n'est pas accueillante pour les vélos sur les routes de plaine. Débutants et âmes sensibles s'abstenir.

J'en ai fini avec la Corse. Je doute de jamais y retourner. Si je le faisais, ce serait sur les routes Rossini ou celles des cent-cols, en évitant aussi soigneusement que possible la côte.

Jean-Pierre


"Le Cyclotourisme, un art de vivre"