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 Abeilles à véloHenriLes Chanoines 

Paris-Brest-Paris 2003

Vu par les Abeilles

(Henri)

Du lundi 18 Août 22:00 au vendredi 22 Août 2003, 16:00



Plus de 4000 inscrits: la plus grosse participation jamais enregistrée dont plus de la moitié d'étrangers ont participé à cette 15ème édition du Paris-Brest-Paris. Après les contrôles des machines le dimanche soir, nous nous sommes tous retrouvés au gymnase des Droits de l'Homme à Guyancourt pour le grand départ.

Chantal m'a accompagné en voiture mais nous avons du faire rapidement nos adieux, car dans cette foule de cyclistes et d'accompagnateurs, c'était difficile de rester ensemble. Plusieurs groupes de départs étaient prévus : lundi 18 août à 20 h, les moins de 80 heures pour vélo solo, à 21h45, les moins de 90 h pour tandems, tricycles, triplettes et même une trottinette ! A 22 h, les moins de 90h, pour vélo solo. Compte tenu que ce groupe est le plus important, plus de 2000 cyclos, les départs se font par vagues de 600 environ tous les quarts d'heure. Enfin mardi matin à 4 h 45, les moins de 84 h pour tandems triplettes et engins spéciaux et à 5h les moins de 84 h pour vélo solo. Aux départs de 22 h par vagues de 5 à 600, les premiers se sont positionnés dans le sas de départ avant 20h. En arrivant à 21h30, je suis parti dans le dernier groupe un peu avant 23h.

Pendant la première heure, nous avons roulé sur des routes où nous avions la priorité. Aux croisements, la circulation était arrêtée pour nous, l'allure était soutenue, j'étais en forme et je doublais plus souvent que j'étais moi-même doublé. Nous étions partis 3 "abeilles" ensemble, Christian ne s'est pas laissé emporté par cette allure de course etj'ai donc continué avec Pierre-Yves mais, après quelques kilomètres, j'ai lâché prise pour prendre une allure plus à ma pointure.

Au premier contrôle ravitaillement de Mortagne en Perche, après 141 km, je suis arrivé au milieu d'une foule qui se bousculait au self, aux wc, aux points d'eau. J'ai ainsi passé plus d'une heure et demi ce qui m'a un peu découragé.

Aux contrôles suivants, à Villaines la Juhel (223 km) et à Fougères (312 km), même problème de queue et de perte de temps. J'ai donc décidé de changer de point de vue, je n'ai plus cherché à regagner le temps perdu aux contrôles en roulant plus vite au risque de me griller pour la suite. À chaque contrôle, je prenais un repas complet accompagné d'un litre d'eau pétillante. J'ai ainsi fait 14 repas au cours de ces 3 jours et demi, je craignais par-dessus tout l'hypoglycémie et les selfs présentaient des plats appétissants ...

Souvent dans les contrôles, je retrouvais Christian qui roulait un peu derrière moi mais me rejoignait au self. Il repartait souvent avant moi car il n'est pas un adepte de la sieste.

Après avoir roulé près de 24 h de suite, j'arrivais à Loudéac le mardi soir à 22h30, en ayant parcouru 450 km. Pour éviter de me faire refouler du dortoir faute de place, je pris le cheminement inverse du gros de la troupe. Après le contrôle, j'allais directement au dortoir et je pus bénéficier d'un matelas dans un gymnase pour 3 heures de sommeil. Au réveil, j'allais manger, la queue au self était presque résorbée et je perdais moins de temps. Le redémarrage vers 3h du matin, dans la fraîcheur est toujours un peu difficile et incite à pédaler vigoureusement pour se réchauffer. Heureusement, les heures de sommeil raccourcissent le temps de roulage dans la nuit et lorsque le jour se lève vers 6h30, je me sens revigoré.

J'arrivais à Carhaix (530 km) au lever du jour vers 7h et après un bon repas, il me restait 85 km pour atteindre Brest. Il faut dire qu'avant d'arriver à Loudéac la veille, j'avais croisé le groupe des premiers qui rentraient sur Paris et qui étaient partis à 5h du matin.

J'atteignis Brest à midi, 615 km, la moitié du chemin, étaient parcouru. Ce n'était plus la bousculade des premiers contrôles. Après le repas, je m'accordais une petite sieste d'une demi-heure avant de repartir pour Paris.

A Carhaix, au 696 km, il était environ 18h, je me fixais comme objectif de revenir coucher à Loudéac à 773 km. J'y arrivais vers 23h et en prenant les mêmes dispositions qu'à l'aller après le contrôle, je me dirigeais immédiatement vers le dortoir. Je pris une douche avant de me coucher et dormis à nouveau 3 heures. Au redémarrage, la nuit était plus fraîche que la précédente et la rosée plus intense. C'est jeudi matin, vers 8h que j'atteins Tinténiac (859 km). Je ne fis pas ma sieste immédiatement car il faisait encore frais, c'est une quarantaine de km plus loin que je m'arrêterai une vingtaine de minutes dans la nature.

Je suis arrivé à Fougères (915 km) vers 11h15, il ne restait qu'un peu plus de 300 km et je commençais à supputer sur les heures d'arrivée à Guyancourt. Le beau temps incitait certains cyclos à s'arrêter aux terrasses des cafés ou aux points d'eau qu'offraient des spectateurs au bord de la route.

Je passais à Villaines la Juhel (1002 km) au milieu de l'après-midi. Un peu plus loin je rejoignis Christian et nous roulâmes désormais ensemble jusqu'au retour à Paris. Dans un village, un camion avait perdu son huile sur la chaussée, je confondis la tache sombre avec du goudron, je glissai et ce fut la chute, heureusement sans gravité. Le coude saignait un peu et, plus loin, un cyclo prévoyant, me proposa de désinfecter la plaie et me fit un pansement de fortune avec un morceau de sparadrap.

A Mortagne au Perche (1084 km), à 22h, Christian ne souhaitait pas dormir longtemps, je plaidai pour 3 heures de repos, nous avons transigé pour deux heures et demi. Une fois encore, nous sommes repartis en pleine nuit pour arriver à Nogent le Roi (1167 km) au lever du jour. Un dernier bon repas au lieu du petit-déjeuner traditionnel, avant cette dernière étape. Les routes nous sont plus familières. La fatigue se fait sentir mais ce sont les petites douleurs accumulées sur ces centaines de km qui sont pénibles. Je constate que, comme moi, beaucoup se mettent en danseuse, les assises sont douloureuses. A Villaines, je souffrais atrocement et ne savais plus comment me positionner sur la selle. Au poste de la Croix Rouge, un infirmier m'a mis un pansement qui m'a permis de rendre supportable la douleur jusqu'à la fin.

A la pancarte de St Quentin en Yvelines, un panneau indique qu'il reste 15 km à parcourir. Heureusement que le fléchage est bien visible, je roule en m'arrêtant le moins possible aux feux car redémarrer est difficile. A 11 h, soit 84 h 08 après le départ et 1225 km parcourus (1253 à mon compteur), j'arrive au gymnase des Droits de l'Homme de Guyancourt et quelle n'est pas ma surprise d'être applaudi par la foule qui attend l'arrivée échelonnée des concurrents.

Ce sont les grandes retrouvailles, de Chantal, des amis de l'Abeille qui ont suivi notre progression sur internet. Il est encore trop tôt pour réaliser. Les heures qui suivront, seront surtout consacrées au sommeil et au soin des fessiers.

Ma tête est remplie de souvenirs : ces files de vélos dans la nuit qui serpentent au rythme de la route, les points de contrôle avec des cyclos couchés à même le sol, dehors, dans la salle à manger, sur les gradins dans les gymnases, ces moments d'épuisement comme cette américaine qui se laisse choir avec son vélo à l'arrivée à un contrôle la nuit en disant: "I am so exhausted !" et les rencontres, les bribes d'histoires personnelles que l'on se raconte en roulant sans connaître son interlocuteur etc ...

Je suis content et fier de l'avoir fait, j'ai l'impression d'avoir poussé un peu mes limites mais je ne suis pas sûr d'avoir envie de le refaire dans 4 ans mais, attention, le besoin de drogue peut revenir !

Henri COURMONT


"Le Cyclotourisme, un art de vivre"