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Pedicyclette 2019 au Havre

Marche, puis marche ou vélo (les 16 et 17 mars 2019)

 

par Patrice, Annick et Jean-Pierre
https://www.abeille-cyclotourisme.fr/souvenirs/2019-03_pedicyclette_au_havre.html

Samedi 16 mars: Marche au Havre (par Patrice)

Une bonne moitié des participants à la pédicyclette se sont retrouvés ce vendredi soir à l’hôtel Le Richelieu, situé dans un immeuble de style « Perret » dont il sera beaucoup question le lendemain. Anne-Marie, l’organisatrice, a eu quelques émotions en arrivant : la propriétaire de l’hôtel avec qui elle avait organisé les nuitées avait revendu son établissement dans l’intervalle, sans le moins du monde chercher à la prévenir. Heureusement, le nouveau propriétaire a repris l’actif et le passif, et les réservations des chambres étaient bien maintenues. Les chambres sont simples, mais ont le confort minimal et la literie est bonne. Que demander de plus ?

Anne-Marie
Anne-Marie au Clapotis

Autres émotions pour Anne-Marie : la gestion des menus du repas du soir dont les échos reçus indiquent qu’elle ne fut pas de tout repos, mais enfin tout le monde a mangé.

Le lendemain matin, les arrivants vont mettre les vélos au garage, cherchent quelqu’un qui puisse héberger ses bagages et tout le monde se tasse dans la minuscule salle à manger de l’hôtel. Notre guide arrive bien à l’heure, et nous entraîne près du bassin du commerce, entre ville et port pour un historique du bombardement du centre ville par les anglais les 5 et 6 septembre 1944, et une présentation de la reconstruction qui s’est étendue de 1946 au début des années 50, sous la tutelle du très réputé Auguste Perret, l’architecte du Théâtre des Champs-Élysées. Le moins que l’on puisse dire est que les avis sont partagés à l’Abeille, le froid ambiant et le vent ne favorisant sans doute pas les déchaînements d’enthousiasme, et on a même cru entendre fuser à mi-voix des qualificatifs tels que « soviétique » ou « stalinien ». Il a toutefois généralement été reconnu que l’urbanisme de Perret vaut largement celui de ses successeurs qui ont par exemple sévi à la cité des « 4000 » de la Courneuve.

Sous la direction de notre très enthousiaste guide, nous remontons l’Avenue de Paris en direction de l’Hôtel de ville, où s’offre à nous une belle perspective sur les « Champs-Élysées » du Havre, une large avenue fermée en bord de mer par la « Porte océane ». Nous descendons l’avenue, et observons au passage les efforts de créativité déployés par les architectes en vue de s’affranchir autant que possible du cadre très contraignant défini par le cabinet d’Auguste Perret. Nous rejoignons la cathédrale Saint Joseph, caractérisé par son plan carré, et surtout son clocher dont la structure intérieure se laisse admirer sans que rien n’accroche le regard sur une hauteur de plus de 80 mètres, à part les jeux de lumière produits par des milliers de carreaux de verre colorés. « Stalinien, mais intéressant » commentent quelques Abeilles soudain prises d’une frénésie de bienveillance.

Les lumières de la cathédrale
Lumières de la cathédrale

Le pique nique est prévu square Saint Roch, non loin de là. Chacun cherchant l’abri du vent, le groupe se dissémine au pied des bosquets. Tout le monde se retrouve au bistrot du coin (et son unique WC).

Puis le groupe se met en route sur l’excellent itinéraire concocté par Patrick, lequel prend la tête du groupe sous la direction de son G.P.S. Cheminant vers Sainte Adresse, nous faisons une halte aux jardins suspendus, qui offrent un très beau point de vue sur la ville, le port et l’estuaire de la Seine. Les armateurs enrichis par le commerce triangulaire (une formulation light pour parler de la traite des esclaves) ont fait bâtir des villas de tous styles (dont une rappelant une pagode) sur les hauteurs. Nous longeons encore un peu le front de mer, puis nous rentrons par le port de plaisance et l’église Notre-Dame, un des rares édifices un tant soit peu préservés suite aux bombardements. Un rapide coup d’œil aux vitraux, ou plutôt au film de polyéthylène qui les remplace provisoirement, nous revenons prendre les voitures pour nous rendre au restaurant du front de mer« Le clapotis » (et non « le clafoutis », n’est-ce pas Michel ! Et pas davantage « le caillebotis », n’est-ce pas je ne sais plus qui !). Nous y mangeons excellemment, tout en observant d’un côté la mer et de l’autre le ballet des serveurs qui tentent désespérément d’attribuer le bon plat à la bonne Abeille.

Patrice

Étretat

Marche ou vélo, telle est la question

 

Dimanche 17 mars: Marche près d'Étretat (par Annick)

Abeilles devant l'antre secret d'Arsène Lupin
Abeilles devant l'antre secret d'Arsène Lupin

Dimanche 17 mars, devant les prévisions météorologiques n’incitant guère à la pratique du vélo, 7 abeilles se décident pour une randonnée pédestre. Marc et Dany tracent un parcours au départ de LA POTERIE CAP-D’ANTIFER, où le 28/2/1942 dans le cadre de l’opération Biting, 130 parachutistes britanniques, sous les ordres du major J.Frost, vont détruire un important radar avec l’aide des résistants normands. Un embarquement de la plage de Bruneval a permis, ensuite, leur retour en Angleterre.

10 heures, nous voilà partis après avoir attendu la fin d’une averse de grêle glaciale, direction le phare du cap d’Antifer. De forme octogonale de 38m de hauteur du sol et 130m au dessus de la mer assure aux marins un repère efficace. L’édifice actuel fut construit en 1949 car l’ancien fut détruit par les Allemands en 1944. Je fus conçue également en 1949 mais, n’étant pas au patrimoine de l’Unesco, je ne bénéficie d’aucun crédit qui assurerait ma restauration…

L'aiguille creuse
La porte d'Aval et son aiguille percée, dite aussi ''l'aiguille creuse"

Le cap d’Antifer : cet avant-port du Havre fut construit lors du conflit opposant les Egyptiens et les Israéliens en 1967 menant à la fermeture du canal de Suez. Les pétroliers devaient faire un détour par le cap de Bonne Espérance et, pour rentabiliser le voyage, leurs gabarits furent agrandis. Mais n’entrant plus dans les ports traditionnels, des avant-ports en eau profonde furent aménagés. La réouverture du canal de Suez en 1975 a mis fin à ce dispositif et l’activité de cet avant-port est depuis en sous-utilisation.

Notre parcours nous mène dans la valleuse d’Antifer, zone naturelle d’intérêt écologique, faunistique et floristique. Des ajoncs bordent notre chemin très accidenté et la remontée, assez pentue, nous mène à la pointe de la Courtine. Le vent souffle fort et le terrain, assez boueux, est glissant. Les dénivelés contribuent au réchauffement de notre corps. Nous longeons le terrain de golf d’Étretat, annonce de notre arrivée proche. La superbe porte d’Aval et son aiguille percée furent le cadre choisi par Maurice Leblanc pour une aventure de son héros Arsène Lupin. Un rayon de soleil éclaire les magnifiques falaises de calcaire du crétacé.

Abeilles, encore

Étretat ! Après 7 km parcourus, nous nous installons à la table du ‘Homard Bleu’ où nous retrouvons les Abeilles venues à vélo et celles venues en voiture. Moules marinières, raie au sabayon de moutarde accompagnée de riz, salade, fromage et tarte yportaise nous régalent.

Un petit mot sur la ville : jadis modeste village de pêcheurs, elle devient au XIX° siècle une station balnéaire de renom : Guy de Maupassant y organise des fêtes et Courbet, Boudin et Monet immortalisent sa beauté sur leurs toiles. La seconde guerre mondiale va mettre un frein à l’activité touristique et le front de mer va être mutilé par les Allemands qui détruisent le casino et des villas. Les combats y furent violents et plusieurs épaves de la flotte de l’occupant reposent par plus de 20m de profondeur. La ville a, depuis, repris son activité balnéaire pour notre plus grand plaisir.

Après une rapide organisation pour une approche voiture des marcheurs assurant notre présence au goûter organisé par Anne-Marie, les chauffeurs nous conduisent jusqu’au lieudit Le Presbytère d’où nous partons à pieds en direction du Tilleul où nous découvrons un trône creusé dans la pierre. En ce lieu, pendant plusieurs siècles, les chevaliers de Fréfossé, Seigneurs du Tilleul, ont rendu justice à l’époque féodale. En ce lieu également, Philippe Auguste chargea Robert du Parc, seigneur du Tilleul, d’assumer le guet de la Manche suite l’annexion de la Normandie au royaume de France. Pendant la seconde guerre mondiale, René Coty, futur président de la république, se plaisait à prendre repos sur ce trône, ce que firent les Abeilles quelques 75 années plus tard ! Après ce repos, nous nous acheminons ensuite vers notre point d’arrivée, le terrain est moins vallonné que le matin et, aux ajoncs, s’ajoutent les jonquilles pour fleurir les bordures de nos sentiers. 16H15, nous récupérons les voitures et arrivons à l’heure pour partager avec les Abeilles, revenues un peu transies de leur randonnée vélo, le pot de fin de séjour. Merci à Anne-Marie pour ces bons moments et bravo pour l’organisation.

Annick

Dimanche 17 mars; Vélo avec coup de fourchette à Étretat (par Jean-Pierre), ou "treize à la douzaine"

Ce dimanche, le temps promet d'être encore plus favorable que prédit par la météo de samedi, qui annonçait juste un vent à décorner les bœufs, pluie et froid. Alors, une bonne douzaine d'Abeilles se décident pour le vélo: aller manger à Étretat, puis rentrer pour le goûter: c'est cool. Après le changement de cap des Courmont, nous serons 13 à la douzaine à l'aller et presque autant au retour. Lavoisier se serait-il trompé en postulant que rien ne se perd, rien ne se crée, tout se transforme. Des Abeilles se perdraient-elles nonobstant ce qui est devenu la loi de Lavoisier ?

Dans le premier épisode de Maya l'Abeille, la maîtresse d'école tente d'apprendre à Maya et Willy, bébé abeilles fraîchement sorties de leur alvéole, qu'une abeille ne doit pas sortir de la ruche quand il pleut. Mais le criquet, futur ami de Maya, est dehors quand Maya, bravant les interdits, sort de la ruche sous la pluie battante. C'est suite à cet épisode salvateur que, Maya ayant survécu, les autres épisodes de Maya l'abeille purent exister.

Entre nous autres Abeilles-fantassins, comme dans le 1er épisode de Maya l'abeille, comme l'an dernier et comme hier, face au froid, à la grêle et surtout au vent, même les plus vaillants ont chancelé. Mais pas Maya ! Après deux services au ptidej, bien en avance sur l'horaire nominal, nous sommes une bonne douzaine à nous rendre en voiture au départ vélo vers Étretat.

La gare de Bordeaux-Bénouville La gare de Bordeaux-Bénouville

Les approches voitures, on ne s'en lasse pas. Michel se perd sur la route sur fâcherie de son GPS. Relayée parmi les membres de l'essaim, cette nouvelle égare de nombreuses abeilles qui suivent Michel comme on suit le messie. Mais tout se finit bien.

Sitôt les voitures garées, la grêle commence. On avait oublié, depuis Uzerche il y a bien longtemps, que la grêle est une des spécialités de Michel. Il y a un bistrot à 100m du parking sur notre trajet de départ. Déjà frigorifié, j'y file incontinent mais personne ne suit. Même les Courmont sur leur tandem VAE passent fièrement devant moi. Chantal, toujours "Aware" comme Jean-Claude Vandamme, a vu les signes que je faisais depuis la porte du café, mais le tandem passe. Un long silence suit, et le groupe des abeilles congelées passe dans le hurlement des bourrasques de vent d'ouest.

Piti café bu, un peu dégelé, je les rejoins par l'arrière et là, le moment de l'élagage est arrivé. En effet, Patrick, traceur du parcours, qui nous guide avec tout le sérieux qui convient à la situation depuis l'avant du peloton, avait glissé un message éliminatoire subliminal dans le parcours: en haut du flanc de la colline, la rivière repoussée loin à notre droite par notre effort, nous trouvons soudain sur notre droite immédiate un escalier aux longues marches moussues qu'il nous faut descendre en free-style vers la rue en contrebas et la rivière. C'est le parcours, il faut y aller.

Comme hier parmi les gilets jaunes, l'essaim s'explose en invectives. D'accord, il n'y avait pas d'autre chemin, d'accord le capitaine de route a toujours raison, mais qu'importe, ça fait du bien, l'invective: ça nous réchauffe et ça nous prouve qu'on est encore vivants.

L'aiguille creause (encore !)
L'aiguille creuse (encore !)

Bien peu après, il ne s'est pas passé quinze minutes, le ciel nous tombe sur la tête. Des trombes de grêlons se cachent dans les seaux d'eau glacée qui nous tombent dessus dans l'air polaire qui souffle des hauts nuages d'où Jupiter nous observe, rigolard. Nous perdons là, dans une côte dont la raideur est l'une des signatures de Patrick, Henri et Chantal, qui vont dare-dare se réchauffer dans mon café du point de départ.

Pour le vent, ce n'est vraiment pas de chance: on l'a dans le nez, mais quand même, aussi, suffisamment par le travers pour pouvoir l'avoir aussi dans le nez au retour. Prodige météorologique ! 

Nous ne sommes plus qu'à 13 abeilles: treize à la douzaine, qui tentent de rallier Étretat par des routes minuscules où une voiture ne peut pas doubler un vélo, même civilisé.

La fatigue aidant, car sur la route d'Étretat, après les côtes il y a des côtes, Bernard tombe dans la côte qui suit la côte suivante, sur son coté droit. Plus de peur que de mal, heureusement, pas de côte cassées.

À 10 km/h, il n'y a pas d'arrêt café, à 15 km/h non plus, à 20 km/h non plus. C'est chez les Audax qu'il faut aller chercher ce début d'humanité. La tempête qui a fait reculer les Courmont se calme un peu, on voit de moins en moins les Piot. Que se passe-t-il ? Quelque part sur le parcours, on assiste à un épisode rarissime de la vie de l'Abeille. À l'image des deux chambres qui tentent vainement d'infléchir le projet de Brexit de Theresa May, une question lancinante s'insinue en nous: peut-on infléchir le parcours de Patrick ? peut-on prendre la route jaune qui va vers Étretat et éviter ainsi le diverticule sous le vent d'Étretat ?

Jupiter lui-même, allié en cela à Patrick, nous donne sa réponse et, de là haut, consent à cesser de nous tyranniser. On peut enfin remettre nos mitaines sans risque de les tremper dans l'eau glacée. Du coup, le diverticule par la droite de la route jaune passe très bien, nous contournons, point chaud du week-end, la gare de Bordeaux-Bénouville et, notre douzaine néanmoins écornée, nous finissons la matinée en descente face au vent, rêvant tous au menu du seul resto qui a osé interdire à Anne-Marie de nous laisser choisir notre entrée. Ce sera moules pour tout le monde, face à l'aiguille creuse.

La seconde étape de la journée, c'est bien le repas. Le patron nous a mis au chaud comme l'avait fait l'an dernier le patron du père Magloire et on peut enfin féliciter Patrick du demi-devoir accompli. Derrière la porte vitrée du restaurant, on voit la mer s'ébrouer devant nous avec, en arrière plan sur notre gauche, l'aiguille creuse d'Étretat où Isidore Beautrelet, élève de rhétorique au lycée Janson de Sailly, dénoua le secret d'Arsène Lupin. Annick vient de nous en parler car les marcheurs sont passés tout à côté. Dans un millénaire ou deux il n'en restera rien.

Goûter du soir
Goûter du soir

Au retour, Anne-Marie nous a laissé deux choix: le parcours maritime qui roule presque les pieds dans l'eau et le circuit court. Écart: 6 km. La douzaine de l'aller se coagule en une demi-douzaine sur le grand parcours, l'autre demi-douzaine (après une minuscule entorse à la loi de Lavoisier) étant sur le petit. Réduits alors à une petite demi-douzaine, on peut bien se lâcher. Patrick nous a en effet sélectionné un parcours VTT sur chemin de terre de derrière les fagots. Tiens ! d'habitude c'était Christian. Pas de crevaison, pourtant, sur le chemin de terre, les abeilles peuvent féliciter leur fabricant de pneus.

Comme nous avons choisi le parcours "les pieds dans l'eau", parlons-en ! On n'a pas vu la mer. Il faut dire qu'on a doublé la vitesse de ce matin. On roulait à 10km/h à l'aller. Maintenant, Patrick, Michel, Claudine, Eric et tous les autres rivalisent d'énergie pour mener notre demi-douzaine d'Abeilles à 20km/h dans des pentes à 8% face à un vent qui demeure hostile. Seule Edwige, arborant pourtant un bien beau nouveau vélo électrique, reste sage. Je regrette, pour ma part, l'absence, cette après-midi, d'Anne-Marie. Seule en effêt, Anne-Marie aurait su civiliser ce peloton forcené. Patrick, adepte sans doute de l'évangile selon Saint Matthieu, manque parfois le chemin qui s'ouvre à droite ou à gauche (mais jamais en face), alors, fugitivement, les premiers sont les derniers et je vire ces bouées en tête. Merci Patrick ! merci Saint Matthieu !

En dépit de notre célérité, les tenants du parcourt court sont quand-même arrivés peu avant nous. Nous pouvons enfin, vélos posés, retrouver les autres sous le porche maçonné de l'église locale (oui, ce n'est pas du béton) pour le grand retour du goûter du soir , une tradition de l'Abeille qui commençait à se perdre.

Un bien beau week-end s'achève, bravo Anne-Marie pour ton indestructible organisation, qui a su si bien résister aux abeilles.

Jean-Pierre

"Le Cyclotourisme, un art de vivre"


Abeilles devant l'antre secret d'Arsène Lupin