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Le Paris Brest Paris 2015

du participant numéro B134

par Gérard Grèze
http://abeille-cyclotourisme.fr/souvenirs/2015_pbp_gerard.html

Samedi 15 août me voici avec Maxime au vélodrome national de Saint-Quentin en Yvelines pour faire du bénévolat pour les opérations préliminaires au Paris-Brest-Paris. J'ai prévu le contrôle de mon vélo à 10h30 pour ensuite à partir de midi prendre du service en tant que bénévole.

Le contrôle du vélo sera assez rapide, mais pour les dossiers et vêtements il y a une queue très longue. Comme je rencontre pas mal de copains je serai en retard pour commencer mon bénévolat. Il était prévu que je sois au contrôle des vélos, mais il y a plus de besoin à la remise des vêtements. Rude après-midi, notamment parce qu'il a fallu faire face à de nombreuses réclamations de personnes ayant mal choisi la taille de leur vêtement et voulant en changer.  Ce n'était pas prévu et avec environ 5000 personnes à accueillir dans la journée il n'y a pas eu beaucoup de moments de répit. Mais cette activité est très sympa par les échanges avec de nombreux participants venant du monde entier.

Nous avons terminé vers 19h30, avec une certaine fatigue, il était temps de rentrer à la maison dîner et dormir pour être en forme demain pour le départ.
En rentrant j'essaie mon maillot et mon gilet de sécurité. Le maillot est collant mais pas trop serré, le gilet de sécurité est un peu flottant, mais je le prendrai car il est 50 grammes plus léger que celui que j'ai utilisé lors des brevets qualificatifs.

Dimanche matin Maxime est partie tôt prendre son service de bénévole et je suis seul à la maison. J'en profite pour tarder au lit, durant les prochaines nuits le sommeil sera limité au minimum alors je ne veux pas gâcher la nuit d'avant. C'est d'ailleurs pour cela que je ne suis pas un adepte du départ du lundi matin à 5H00.

Petit déjeuner copieux puis fin de préparation des bagages. La balance est sur la table et chaque chose est pesée. L'utilité est même parfois remise en cause, comme par exemple celle du rasoir.

Je fais une dernière visite du site Internet de Météo France pour voir les prévisions de pluie et les températures minimales pour les nuits. Il n'y a que la première nuit qui devrait être fraîche, avec seulement 6°C en basse Normandie, mais il fera plus chaud en Bretagne où je devrai être en fin de nuit. Les nuits suivantes seront plus douces. Je ferai donc l'impasse sur le pantalon et les gants d'hiver, ce qui soulagera les coutures du petit sac que j'ai prévu de prendre sur mon porte-bagage arrière. J'emporte tout de même une tenue de rechange complète pour dormir dans des vêtements propres et secs et repartir à neuf après quelques heures de sommeil, probablement du côté de Saint-Nicolas-Du-Pélem, au retour.

Préparation de sandwichs, pâtes d'amande, pâtes de fruits, pastilles énergisantes pour les bidons. J'emporterai de quoi tenir jusqu'à Fougères sans avoir besoin de ravitaillement, autre que de l'eau.

Pesage de l'ensemble, le vélo pèse 18 kg, dont 1,5 de boisson et 1 d'alimentation. Je serai un peu plus lourd que les cyclos avec des vélos en carbone et une assistance qui porte l'essentiel, mais je serai autonome.

Déjeuner à midi et vers 14h00 il est temps de partir vers Saint-Quentin. Il y a environ 18 km à parcourir et je ne veux pas aller trop vite, pour ne pas transpirer avant de prendre le départ de Paris-Brest-Paris.

J'arrive au vélodrome vers 15h15, J'aperçois Rémy et Isabelle qui se préparent à sortir leur tandem de la voiture, je suis en avance alors je m'arrête bavarder un moment.

Jean-Gualbert me salue en passant, il partira à 16h00, avec le premier groupe. Je m'approche du vélodrome et avec ma plaque B134, synonyme du deuxième groupe je suis autorisé à me rendre dans l'aire de départ où quatre zones sont préparées pour constituer différents groupes, mais avant je croise Michel qui sort son appareil photo de paparazzi. Maxime est aussi là à faire la circulation aux abords du vélodrome.

Il reste un peu de temps pour discuter avec les copains. Après le départ il ne sera pas question de bavarder avant un bon moment car habituellement ça part vite et les premières heures demandent beaucoup d'attention.

À 16h00 le groupe A part et nous avançons vers la ligne de départ. L'animateur habituel officie, Jean-Michel Richefort est invité à donner les recommandations de prudence aux participants, notamment celle du respect du sommeil, s'arrêter dès que des signes d'endormissement apparaissent. Eric notre photographe est là pour faire des portraits des deux participants de l'Abeille. J'aurai donc au moins une photo au moment du départ. Y aura-t-il un photographe pour mon arrivée ? Ce n'est pas certain car je prévois une arrivée nocturne.

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pbp_2015_0316h15, le départ du groupe B est donné. En principe la vitesse doit être limitée par des véhicules à l'avant du groupe, jusqu'à proximité de Montfort-l'Amaury. En tête de ce groupe on trouve les premiers des éditions précédentes, donc ça doit aller très vite après la disparition des véhicules à l'avant. Seulement voilà que les véhicules se contentent d'ouvrir la route sans limitation de vitesse. Ça part donc très très vite, je n'ai pas de compteur mais on doit être souvent à près de 40km/h. Le parcours est sinueux, avec des ronds-points et des ilots séparateurs de chaussée, heureusement que j'avais fait un repérage la semaine dernière, je ne suis pas surpris par tout ces pièges. Comme d'habitude, la côte de Montfort-l'Amaury fait la sélection. Mes dernières aventures dans les Pyrénées me permettent de bien monter et je dois rester avec un deuxième groupe de la vague B qui roulera à peine moins vite que le premier. Pour mon troisième Paris-Brest-Paris la suite du parcours est connue, le principal changement arrive à Gambaiseuil où les ralentisseurs, briseurs de lampes et autres accessoires mal fixés sur les vélos, ont été modifiés et sont maintenant bien moins violents et moins dangereux. Je suis en forme et je passe mieux les vallonnements jusqu'à Longny-au-Perche, au 120ème kilomètre, où on arrive après seulement 3h30. On est vraiment sur un rythme de folie, mais laisser partir le groupe reviendrai à rouler seul, alors on reste tous dans ce groupe, même si on sait bien que ces efforts auront des conséquences à plus ou moins long terme. La côte de Longny fait aussi une sélection et je m'étonne de pouvoir rester avec les premiers de mon groupe. Les côtes suivantes passent bien et on se prépare à arriver au ravitaillement à Mortagne-au-Perche avec un petit groupe. C'était sans compter sur l'arrivée des premiers du troisième départ, le groupe C. On se fait doubler et tout le monde roule à gauche, comme en Angleterre, heureusement qu'il n'y a pas de voiture en face ! La montée dans Mortagne clarifie le groupe et finalement il n'y aura pas trop de monde au ravitaillement et je pourrai remplir mes bidons sans attente ni bousculade.

Je me prépare pour la nuit qui va bientôt arriver, gilet de sécurité, manchettes et allumage du feu arrière. J'allumerai le feu avant plus tard car je peux le faire sans risque en roulant. Au redémarrage il est difficile de reconstituer un groupe et je roulerai pendant une quinzaine de kilomètre avec deux italiens, puis un groupe plus rapide nous rattrapera. Je roulerai avec une partie de ce groupe jusqu'à Tinténiac où le moment de faiblesse consécutif aux abus de vitesse va se manifester. Dans la montée de Bécherel je ne pourrai pas reprendre la roue de ce groupe. Mais avant il faut passer la nuit. À l'abri dans le groupe ça roule toujours très vite mais par moment on peut discuter avec les copains, notamment Didier et Jean-Yves avec qui je roulerai à plusieurs reprises. Premier contrôle à Villaine-la-Juhel, il est 23h45. Il n'y a pas beaucoup de vélos, il est facile de trouver une place pour laisser le sien le temps d'aller contrôler, remplir les bidons et manger rapidement une pâtisserie à la buvette.

Je repars, avec le même groupe, direction Fougères, tout va bien, on y arrivera à 3h12. Là encore je me contenterai de la restauration rapide, je prévois le premier arrêt repas à Loudéac. Donc nouvelle étape vers Tinténiac, c'est la plus courte et la moins vallonnée. J'y arriverai avant le lever du jour, à 5h33.

En repartant ça va beaucoup moins bien qu'avant, les jambes commencent à être fatiguées et j'ai du mal quand ça monte. Je ne peux pas suivre le groupe qui pourtant roule aussi moins vite. Didier reste dans les roues, le reverrai-je au prochain contrôle ?

Dans la descente après la colline de Bécherel je me fais doubler par un vélo couché qui passe très vite mais bientôt je le retrouve emmêlé avec un vélo et un cyclotouriste qu'il vient de percuter. Le cyclo était arrêté au bord de la route, mais en retrait quand celui sur le vélo couché a eu l'attention détournée par une autre flèche au carrefour juste avant et l'a percuté. Je m'arrête pour voir s'il y a de la casse, mais a priori tout va bien les deux cyclotouristes n'ont pas de mal et les vélos semblent intacts. Le pédalier du vélo couché est en avant et le cyclotouriste bousculé aurait pu avoir très mal. Il suffit de peu de chose pour que le déroulement de cette épreuve soit bouleversé.

Je retrouve Didier un peu plus loin car il s'est arrêté à une boulangerie dans un village. Il me propose de me mettre dans sa roue et de rouler ensemble, mais il monte trop vite, je n'arrive pas encore à récupérer des efforts de la nuit. Il faut dire que je viens de faire les 400 premiers kilomètres en 15 heures !!! Est-ce bien raisonnable quand il en reste encore 800 ? Une petite douleur apparait au genou gauche et je me dis qu'il est sans doute temps de moins forcer dans les côtes. Sur le plat ou les faux-plats je roule encore très bien, il faut donc attendre que le moment difficile passe.

À Loudéac je me repose un peu avec mon premier vrai repas depuis hier midi. Je m'alimente en prévision d'un arrêt court à Carhaix et d'un nouveau repas complet à Brest.

En repartant de Loudéac mon état de fatigue est stable, mais je monte toujours aussi laborieusement. A Saint-Nicolas-du-Pélem on découvre qu'il y a un contrôle secret. J'y retrouve Michel, ex-parisien et breton en retraite. Bénévole il termine sa permanence en tamponnant mon carnet de route, il est temps pour lui d'aller déjeuner. Nous ne bavarderons pas trop longtemps car il est bien occupé et j'ai de la route encore devant moi. Je continue toujours laborieusement dans les côtes et il en sera ainsi jusqu'à Carhaix où j'arriverai avec deux français, un de Saint-Michel de Maurienne et Arnaud du club de Montigny le Bretonneux.

En sortant de Carhaix je repars avec le savoyard, le francilien s'arrêtant à son assistance, je le reverrai plus tard. En bavardant et en roulant à un rythme modéré la forme revient et je passerai plutôt bien l'ascension du Roc Trévezel qui n'est pas difficile, juste un peu longue. Voilà bientôt les premiers qui sont déjà sur le chemin du retour. Jean-Gualbert n'est pas loin derrière, mais il est seul. Un peu plus loin nous voyons un suédois en train de réparer une crevaison, pas de chance, il ne reverra pas la tête de la randonnée. La descente arrive enfin, elle sera assez rapide et un petit groupe se formera à l'approche de Brest.

Je m'arrête au pont Albert Louppe faire la traditionnelle photo du pont de l'Iroise et du port de Brest, sous le soleil.

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Plus que 6 kilomètres avant le contrôle qui marquera la mi-parcours. Le site du contrôle est différent de la précédente édition et cette année on a droit à une montée droite et bien pentue. Dur pour terminer le parcours aller !

Le contrôle se tient à la cité scolaire de Kerichen où j'arrive à 17h40, soit 25h25 après être parti de Paris, c'est dans la fourchette horaire que je prévoyais. La restauration est un peu éloignée du lieu de contrôle, il faut marcher, ça va pour moi car mes chaussures se prêtent facilement à l'exercice. Il n'y a pas trop de monde et je peux profiter d'un moment de calme. Ce sera poulet-pâtes, yaourt, dessert et une bière plus de l'eau pétillante pour réhydrater l'organisme. Finalement il ne fait pas trop chaud alors on transpire peu et le besoin de boisson est facilement satisfait.

Comme je veux dormir à Saint-Nicolas-du-Pélem ou à Loudéac, je repars rapidement. Enfin façon de parler car l'itinéraire vers Landerneau nous offre quelques belles montées. Ensuite on repart à l'assaut de la côte de Sizun suivie d'une descente assez longue pour mieux remonter ensuite vers le Roc Trévezel. À notre tour nous croisons des cyclos encore sur le trajet aller, voici Patrick dans un groupe de trois, ensuite je croise Pascal seul, mais il a un beau coup de pédale, il semble aller plutôt bien. Un peu plus loin je rattrape Hilario, il se tient de travers sur le vélo, il a mal au dos, le retour risque d'être difficile pour lui. Un peu plus loin je croiserai le tandem tricycle que j'avais remarqué samedi dans le parc après le contrôle des machines. Arrivés au sommet nous nous couvrons un peu avant de nous lancer dans la descente, le jour tombe et il va bientôt faire nuit.

Au contrôle à Carhaix il fait nuit et il y a beaucoup de monde. Il n'y a plus de place dans le parc à vélos alors je mettrai le mien à côté, contre un mur. Il y a du monde à la restauration, je n'irai pas, il n'y a que 39 kilomètres pour arriver à Saint-Nicolas du Pélem, je dois pouvoir y aller avec mes réserves.

Je n'ai pas sommeil et peut-être que je pourrai envisager d'aller jusqu'à Loudéac avant de dormir. Je vais rouler souvent seul sur cette étape et bientôt je sens la faim arriver. Je m'arrête dans un village éclairé, Maël Carhaix, pour manger une barre de pâte d'amande et une de pâte de fruit. À peine reparti voilà que je trouve un contrôle secret. J'en profite pour boire un café et manger une crêpe. Un cyclo voudrait dormir, mais il n'y a pas de place pour ça. Je repars et voilà que le sommeil me tombe dessus. Je vais donc m'arrêter à Saint-Nicolas-du-Pélem, mais il va falloir que je sois attentif à ne pas m'endormir avant sur le vélo. Ça va, je garde le contrôle de ma fatigue et j'arrive à l'accueil-ravitaillement où il y a la queue pour dormir. Quand je dis que je ne peux pas aller plus loin sans dormir un bénévole me propose un couchage rapidement accessible, mais je ne pourrai pas prendre de douche. J'en rêvais pourtant avant de me coucher mais je pourrai faire ma toilette dans les sanitaires. C'est moins bien que prévu mais j'ai un matelas et j'arrive en plus à négocier un drap pour ne pas avoir froid. Réveil demandé dans 2h30. Je mets une tenue de nuit avec bouchons d'oreilles et masque. Les bouchons ne sont pas du luxe, il y a un fort ronfleur dans le dortoir.

Quand on vient me réveiller je me sens beaucoup mieux, même si je pourrais encore dormir quelques heures. Il n'en est pas question car j'ai encore 500 kilomètres à parcourir et il me reste environ 24 heures pour terminer en moins de 60 heures. C'est faisable, mais j'ai peu de marge et il va falloir s'employer à rouler dès que le profil sera favorable, tout en modérant les efforts dans les côtes pour tenir le rythme jusqu'à Saint-Quentin-en-Yvelines.

Je prends un petit déjeuner, il est presque 4h00, il y a maintenant des cyclos qui dorment un peu partout, sur le carrelage du self, sur les tables ... Je suis arrivé au bon moment.

En partant je croise les cyclos sur le chemin aller avec des éclairages éblouissants. Il y a 4 ans cela m'avait contraint à m'arrêter dormir plus longtemps pour éviter de sortir de la route faute d'éblouissement amplifié par les goutes de pluie sur mes lunettes. Cette année il ne pleut pas et j'ai gardé la visière de mon casque pour m'en servir d'écran face aux éclairages arrivant en face. Ça fonctionne bien et je n'ai que rarement besoin de ralentir. Par moment on trouve de petites nappes de brouillard, c'est un peu gênant avec les lunettes, mais c'est toujours très bref.

Un cyclo dont je n'identifie pas la nationalité m'accompagnera jusqu'à Loudéac. Avec nos deux éclairages on voit bien la route mais il nous faut tout de même parfois ralentir un peu, par prudence, dans les descentes sinueuses.

Après Loudéac je roule en compagnie d'un anglais qui était juste devant au départ dimanche après midi, j'avais remarqué son vélo avec un pédalier Herse, made in Japan. Un groupe se constitue et roule à une allure qui me convient, sauf à l'approche de la colline de Bécherel où je laisserai le groupe partir pour monter plus tranquillement. Dans la descente Jean-Yves me double et je ne cherche pas non plus à prendre sa roue, on arrivera cependant ensemble au contrôle. Arrêt bref pour moi car l'étape suivante ne compte que 54 kilomètres et est assez facile.

Je bavarde un moment avec l'anglais, il vient de Sheffield et son vélo a été fabriqué par un artisan local. Je suis prêt à repartir avant lui et je l'invite à m'accompagner, mais il tardera un peu et je ne le reverrai qu'au contrôle de Fougères.

Je me retrouve avec Jean-Yves qui est reparti juste devant moi, je le rattrape et je pense qu'il va prendre ma roue, mais il reste sur son rythme, ce qui est sans doute mieux pour lui.

À Fougères on arrive par le bas de la ville et on longe les remparts, de jour c'est assez agréable, même si on ne fait pas de tourisme. Au contrôle il y a encore peu de monde, de même à la restauration. Je fais un repas copieux car maintenant je prévois encore un arrêt bref à Villaines-la-Juhel, et un dîner à Mortagne, pour terminer la randonnée. À Dreux il ne restera plus que 64 kilomètres, un arrêt bref donnera un peu de marge pour ne pas aller au-delà des 60 heures, si je suis encore dans des temps me permettant de tenir l'objectif.

Pour le moment il est 13h30 quand je quitte le contrôle de Fougères, il reste 311 kilomètres à parcourir et j'ai encore 15h45 pour cet objectif de 60 heures, tout va bien, c'est encore réalisable avec une petite marge, mais il ne faut pas s'attarder en route.

Je me retrouve avec deux français, un breton et un corrézien, ils montent les côtes plus vite que moi et me suivent très bien sur la plat, mais ne prennent pas des relais très efficaces. À un moment ou le vent devient favorable avec des faux plats plutôt descendant je repasse devant et prend le rythme du randonneur qui veut aller loin assez rapidement, le coup de pédale est facile alors j'avance sans me préoccuper de mes suiveurs. Finalement je me retrouve seul et ça va bien. Il faut profiter de toutes les occasions pour rouler. Pour faire moins de 60 heures il ne faut pas se laisser aller quand la route descend légèrement, il faut en profiter pour relancer et compenser le temps perdu dans les côtes.

Voici Villaines-la-Juhel, il est 17h15, il y a un peu d'animation dans la rue et je reçois de nombreux encouragements. Il y a peu de monde au contrôle et au self je prends une rapide collation, pâtisserie-coca et c'est reparti, je dois pouvoir arriver à Mortagne avant la nuit.

Au début la route est facile mais à partir de Mamers on retrouve quelques côtes. À Mamers il y a comme d'habitude un comité d'accueil à la halle qui propose du ravitaillement, mais je n'ai pas prévu d'arrêt entre les contrôles, donc merci mais je ne fais que passer.

Peu après Mamers je vois des cyclos allongés dans l'herbe pour dormir, c'est la première fois que je vois ça dans les groupes roulant à ma vitesse. Plus Mortagne approche et plus ça monte. La dernière ascension commençant au pied de la ville me semble longue et en plus il y a l'habituel raidillon final pour accéder au gymnase.

Il est temps de faire une dernière pause avant de me lancer dans les 140 derniers kilomètres. Je pointe à 20h58, il fera presque nuit quand je repartirai. Mais avant je vais me rafraichir dans les toilettes et je vais dîner.

Equipé pour la nuit je repars en direction de Longny-au-Perche avec deux belles côtes à passer dans la forêt. Je suis seul et j'ai l'impression que les piles de ma lampe avant sont faibles, alors je décide de les changer avant d'être dans la pénombre. Avec des piles neuves je vais pouvoir utiliser la pleine puissance dans les prochaines descentes qui doivent être les dernières un peu sinueuses. Si besoin j'ai ma deuxième lampe, plus la frontale. J'ai tout ce qu'il faut pour bien voir la route.

Je ferai cette étape seul mais il fait doux et le calme est reposant. Et en fait je ne suis pas si seul, voici un animal devant moi sur la route, est-ce un chevreuil ou autre chose ? Il hésite à s'écarter puis se met sur la bas côté. En passant je regarde de quel animal il s'agit, c'est un renard. Un peu plus loin ce sera un chat qui hésitera aussi sur la direction à prendre pour m'éviter. Les lueurs de la ville de Dreux se voient de très loin mais je mets du temps pour y arriver.

Au contrôle je m'arrête juste pour le pointage et avaler rapidement un café avec un pain au raisin, ça doit suffire pour faire les 64 kilomètres de la dernière étape. Et j'espère que le café et l'envie d'arriver au plus vite m'éviteront la somnolence.

Je repars avec deux italiens et un français. Un des italiens vient du Val d'Aoste et il parle français. Nous voici sur des routes familières, l'objectif de 60 heures est encore atteignable, avec toujours une petite marge alors je prends la tête du groupe pour rouler à mon rythme. Ça semble convenir à tout le monde, personne ne vient prendre un relais. Je n'en ai pas besoin et ça m'évite d'être ébloui pas les feux de celui ou ceux qui passeraient devant, chose qui peut provoquer un endormissement.

Tout va bien, sauf incident l'objectif va être atteint. À Boutigny nous voici à côté du Mesnil-sur-Opton, lieu du rassemblement de l'amitié Odette et René Bardin, je connais bien l'endroit et de nuit la côte semble à peine monter. À Condé-sur-Vesgre on retrouve le virage à angle droit sans visibilité. À Gambais voici la route en forêt vers Gambaiseuil et ensuite la dernière belle côte où mes compagnons me demandent de ralentir car un des italiens a du mal à suivre. Montfort-l'Amaury arrive, on descend prudemment. À Bazoches-sur-Guyonne, le Paris-Brest-Paris ayant largement dépassé les frontières de l'Europe, on ne pense pas vraiment à l'européen Jean Monnet et sa maison. Le parcours nous emmène maintenant vers Pontchartrain puis Jouars. Avant Elancourt nous entrons dans la communauté d'agglomération de Saint-Quentin-en-Yvelines, il ne reste plus qu'une douzaine de kilomètres. Le groupe s'est étoffé avec entre autre un suédois, mais ils me laissent tous poliment leur montrer le chemin. Il n'y a presque pas de flèche, puisque c'est tout droit. L'entrée de la base de loisirs parait lointaine. Enfin, voici des bénévoles qui nous montrent cette entrée. À l'intérieur de la base il fait très sombre mais il y a des flèches régulièrement et on voit bien la pointe réfléchissante. On aperçoit des lapins de tous les côtés, pourvu qu'il n'y en ait pas un qui se jette sous nos roues. À l'approche d'un gros ralentisseur on n'est pas loin de rouler sur un beau spécimen, mais il s'échappe à temps pour nous éviter. Là encore le chemin semble long mais voici l'ombre du vélodrome. Des bénévoles nous guident, nous voici sur le chemin qui nous a amené au contrôle des vélos samedi dernier. Au passage de la porte donnant accès à l'enceinte du vélodrome on entend le lecteur de puces qui enregistre notre passage. Voici le parc fermé pour les vélos où quelques bénévoles nous attendent et nous acclament. C'est fait nous sommes arrivés. Je pose mon vélo et je prends mes affaires pour me doucher, me changer et dormir un peu avant de rentrer à la maison, une fois le jour levé.

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Un peu décoiffé, mais encore bien droit, même pas mal !

Je prends enfin le temps de regarder l'heure : il est 4h00. Objectif atteint, avec assez de marge pour tolérer une crevaison. Il n'y en a pas eu, heureusement.

À l'entrée dans le vélodrome il y a un peu de monde pour nous accueillir, tamponner notre carnet de route et le récupérer pour l'homologation et puis il y a aussi la puce à récupérer. Depuis deux jours et demi avec cette puce à la cheville je l'ai oubliée. À cette heure matinale je ne m'attendais pas à un comité d'accueil de l'Abeille, mais je suis particulièrement gâté avec mon président qui vient de prendre son poste à l'accueil des arrivants. Il sort son appareil photo, mais la photo au départ doit être plus avantageuse pour moi que celle-ci. Je suis plutôt en forme après une telle épreuve, mais en cette heure matinale j'ai envie d'une bonne douche et d'un peu de sommeil.

J'ai également faim, car à rouler un peu vite on a consommé des calories et le plateau repas proposé par l'ACP est le bienvenu, avec une bonne bière et un siège autre qu'une selle de vélo, même en cuir, quel bonheur !

Pour arriver aux vestiaires et aux douches il y a quelques escaliers, ce n'est pas trop difficile. La douche est chaude et le vestiaire est vide, je peux en profiter.

Je retourne dans la zone centrale du vélodrome et je cherche un endroit tranquille pour dormir. Je pense que la nuit est trop fraîche pour dormir sous la tente, s'il n'y a pas de couverture et il semble qu'à cette heure avancée de la nuit toutes les couvertures doivent déjà être utilisées. Je repère un banc sur le stand de Saint-Quentin-en-Yvelines, caché par des paravents et à l'écart des contrôleurs et de la restauration. Avec mes bouchons d'oreilles, mon masque et un petit oreiller ce sera parfait, d'autant plus que la fatigue m'empêche de faire le difficile.

Réveil vers 7h30, Michel est encore là. J'essaie de voir si Maxime est de service ce matin car j'aimerai bien changer de chaussures et de cuissard pour renter à la maison à vélo. Elle n'est de service qu'à partir de midi, tant pis je m'accommoderai de ce que j'ai.

Je recharge mon vélo et je fais quelques photos des vélos dans le parc, quel contraste entre des vélos ultra légers en carbone et ce vélo en acier à pignon fixe !

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Retour par le parc de Versailles sous le soleil et sans touriste à cette heure matinale. Voici la côte de l'hôpital du Chesnay, la toute dernière avant la descente sur Bougival. À la Jonchère on entre dans Rueil où je choisirais de passer par la dalle de l'A86 pour rouler au calme.

À la maison Maxime n'est pas encore partie, elle me donne des nouvelles des copains dont elle a suivi la progression. Que des copains sérieux, ils sont tous encore en route, ou déjà arrivés. Je vais voir où sont les copains que Maxime n'a pas suivi.

Je peux maintenant songer à dormir après une nouvelle douche.

Voilà c'est fini, cette édition aura été plutôt agréable, même si le départ de folie m'a ensuite mis un peu à plat pendant un long moment. Un peu de sommeil et tout était reparti. L'objectif de moins de 60 heures a donc été atteint.

Demain je retournerai au travail, mais pas trop longtemps car j'ai prévu d'assister à la cérémonie de clôture.

Félicitations à tous ceux qui ont terminé et bien sûr des regrets pour les autres qui ont parfois vécu de grosses déceptions.

Et puis merci à tous ceux qui ont fait la réussite de ce 18ème Paris-Brest-Paris, l'ACP bien sûr avec ses fidèles membres et tous les bénévoles qui ont donné de leur temps jour et nuit pour nous permettre de réaliser ce défi sportif auquel rêvent tous les grands randonneurs dans le monde entier.

Cérémonie de clôture jeudi 20 août à 17h00

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La cérémonie commence par les discours des représentants de la communauté d'agglomération de Saint-Quentin-en-Yvelines, du président de la FFCT, du vice-président de l'ACP et responsable des BREVETS RANDONNEURS MONDIAUX "International".
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L'animateur habituel sait encore une fois trouver les mots pour évoquer cette randonnée exceptionnelle, aussi bien par l'organisation que par la performance des randonneurs.
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Le plus rapide est appelé sur l'estrade surtout pour avoir réalisé sa performance sans assistance !

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La plus méritante qui a réalisé ce Paris-Brest-Paris en famille, avec le mari et le fils sur le vélo et l'assistance assurée par la fille et la belle-fille. Bravo Nicole !
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La conclusion est faite par Paul, responsable de l'organisation sur le site de Saint-Quentin-en-Yvelines pour la deuxième fois. Paul semble beaucoup moins fatigué qu'il y a quatre ans mais la réussite au vélodrome lui doit certainement beaucoup.

Gérard Grèze


"Le Cyclotourisme, un art de vivre"