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Relais de France Bellegarde-Briançon / Briançon-Nice

Septembre 2014

par Thierry Steiff
http://abeille-cyclotourisme.fr/souvenirs/2014_relais_alpes.html

Après la traversée des Pyrénées mi-août, je pars pour la traversée des Alpes du nord au sud en pointant les Relais de France de l'ACP. Le parcours passe par l'essentiel des grands cols des Alpes et ressemble à la randonnée alpine Thonon-Antibes de G.Rossini.

Bellegarde - La Clusaz

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Le Rhône au défilé de l'Écluse et le fort qui le défendait

Je commence par un voyage TGV sans histoire jusqu'à Bellegarde, et avec la place vélo prévue : il faut parfois parler des trains qui arrivent à l'heure.

Á la sortie de Bellegarde, la route monte de suite en corniche au-dessus du Rhône, puis il faut redescendre pour franchir le Rhône au pont Carnot. Du pont, j'ai une belle vue sur l'Écluse du Rhône et le fort qui la défendait. Après remontée de l'autre côté, la route ondule entre les vergers de pommiers. Le parcours est moins plat que je ne pensais, mais après tout, je suis dans les contreforts de la Haute-Savoie.

Á La Roche-sur-Foron, je pointe à l'Office du Tourisme désert. L'employée montre tous les signes du manque de touristes : elle me remplit la tête d'explications et les mains de documentations avant même que je puisse lui dire que je veux juste faire tamponner ma carte de route. Comme elle me l'a conseillé, je quitte La Roche par la route de Saint-Sixt et passe dans le joli vallon où se trouve la Bénite-Fontaine "la petite Lourdes savoyarde". Boire de son eau protègerait de la peste, mais je n'en ai pas besoin aujourd'hui.

Je quitte la vallée de l'Arve et me glisse dans la gorge du Borne pour remonter vers le Petit-Bornand-les-Glières. La vallée est étroite et sans circulation. Après le défilé des Etroits, j'atteins le col de Saint-Jean-de-Sixt. Il ne reste alors qu'une modeste montée pour atteindre La Clusaz, ma ville-étape du jour.

La Clusaz - Val-d'Isère

La matinée commence par la montée du col des Aravis, il fait frais mais l'échauffement est rapide. La route sinue entre les alpages couronnés de barres rocheuses. Seul le tintement des clarines perturbe le calme de la montagne. Le col étant plutôt touristique, bars et magasins de souvenirs sont présents en haut. La descente en lacets est agréable et quelques villages ont installé des barrières fleuries entre les deux voies de la route. C'est joli mais ça me semble dangereux.

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Col des Aravis (1486 m) : la chapelle Sainte Anne. En arrière-plan, les vaches sont déjà au travail, préparant le Reblochon de demain

Je ne fais que passer à Flumet : je remonte de suite vers le col des Saisies, à la pente plus irrégulière et plus boisée que celle des Aravis. J'ai choisi de passer par Notre-Dame-de-Bellecombe mais il y a une alternative par Crest-Voland. La station des Saisies est surtout réputée pour son domaine de ski nordique, valorisé aux Jeux Olympiques d'Albertville en 1992. Le pas de tir du biathlon est d'ailleurs toujours visible de la route. Vers le nord, je vois au-delà du val d'Arly l'échancrure du col des Aravis d'où je viens.

Je comptais acheter à manger aux Saisies mais tout est fermé (c'est dimanche). Je vais crier famine chez la vendeuse de magazines, lui priant de m'indiquer quelque endroit où me sustenter. Une petite épicerie bien cachée et l'eau de la fontaine pourvoiront à mon déjeuner.

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Col des Saisies (1633 m) : la chaine du Mont Blanc dans la descente vers le Beaufortain

Je m'engage dans la descente vers le Beaufortain via Hauteluce et rejoins Beaufort par la route de l'Envers (qui passe au sud des gorges du Dorinet). À chaque lacet vers le nord-est, au-delà du col du Joly, la blancheur de la chaîne du Mont-Blanc contraste avec le vert de la moyenne montagne.

Juste avant Beaufort, on a le choix pour monter au barrage de Roselend : à gauche la grand' route vers le col de Méraillet, à droite l'itinéraire du col du Pré via Beaufort et Arêches. Le pointage du Relais à Arêches impose la 2ème option.

La traversée de Beaufort est désagréable avec ses dalles ralentisseuses partout. Sur une maison ancienne, on voit encore une inscription "Gendarmerie Impériale". La montée vers Arêches est raide mais très calme. Á Arêches, je ne vois personne, je pointe donc via une photo. Les durs lacets du col du Pré commencent juste après Arêches : la pente reste à 9% pendant des kilomètres sans fléchir : ce col à 1703 mètres vaut bien des 2000. Je suis doublé par quelques cyclos en mode sportif (c'est dimanche) et ils souffrent aussi.

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Le barrage et le lac de Roselend, vus sous le col du Pré (1703 m)

La récompense de mes efforts est une vue magnifique sur le barrage et le lac de Roselend. Vue que l'on n'a pas en montant par le col de Méraillet mais heureusement les véhicules à moteur ne le savent pas.

Je passe sur le barrage et reprends la montée vers le cormet de Roselend. Il y a des dizaines et des dizaines de motos et c'est très pénible. Cela fait un bruit infernal et on roule dans les odeurs d'essence et de métal chaud. J'ai suis à 1800 m d'altitude dans un des plus beaux sites de France et j'ai l'impression de rouler sur le périphérique parisien.

Après une petite pause au cormet de Roselend, j'ai droit à une longue descente jusqu'à Bourg-Saint-Maurice puis j'entreprends une lente remontée vers Val-d'Isère où j'ai prévu de dormir. J'ai été un peu gourmand sur le dénivelé de l'étape et je n'avance plus beaucoup. Le temps me semble long avant que je ne vois le barrage du Chevril. La fresque d'Hercule soutenant le barrage a 25 ans mais est quasiment effacée. La nuit tombe quand j'arrive avec soulagement dans les tunnels précédant Val-d'Isère. Il est indispensable d'avoir un éclairage dans au moins un des tunnels : il y fait complétement noir et les "trous en formation" sont déjà bien profonds. Val-d'Isère est désert : hors-saisons, c'est une ville fantôme.

Val-d'Isère - Valloire

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Val-d'Isère et la fameuse face de Bellevarde, vue des lacets du col de l'Iseran

Le lendemain, l'hôtel est silencieux et je comprends qu'il faut que je trouve mon petit déjeuner dehors. Je me rabats sur la Maison Chevallot, meilleur Ouvrier de France (en pâtisserie je suppose mais ce n'est pas indiqué). C'est un peu cher mais c'est parfait : j'ai du mal à repartir.

Á partir de Val-d'Isère, la montée vers le col de l'Iseran (BPF 73) longe la vallée de la Haute Isère en montant doucement. Dans les grands cols, il y a souvent une partie moins pentue qui serpente le long d'une combe, puis la route s'élève en lacets pour sortir de la combe. Au pont Saint-Charles vers 2000 m, les lacets et la pente plus raide commencent. Á mesure que je m'élève, je vois les énormes travaux faits dans la montagne pour le ski notamment la célèbre piste de Bellevarde, gravée dans la montagne. Le col est agréable et des panneaux riverains montrent que l'hiver la route est une piste de ski (ou l'été la piste de ski est une route). Au col, il fait très froid et le bar est fermé (col pas cool). Je pointe le Relais et le BPF via une photo et je discute avec un peloton d'Irlandais qui se regroupe. Ils font tous les grands cols un par un avec les trajets en minibus entre les cols.

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Col de l'Iseran (2764 m) : la chapelle "Notre Dame de Toute Prudence" devant la Pointe de Lessières

La descente dans la Maurienne est longue, je file comme une flèche vers la vallée de l'Arc. Je mange au bord du torrent un peu après Lanslebourg. Je suis tenté de monter au col du Mont-Cenis, je sais la vue superbe, mais ce n'est pas raisonnable. Á Modane, la vallée se resserre et la route, l'autoroute, le chemin de fer, l'Arc et ses aménagements se partagent les quelques centaines de mètres de large du fond de vallée. La circulation est surtout sur l'autoroute et la voie cyclable qui longe la N6 permet de rouler en sécurité.

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Col du Télégraphe (1566 m) : l'accueil de l'homme de paille

Je pointe à Saint-Michel-de-Maurienne qui a dû voir des jours plus prospères car la moitié des commerces sont définitivement fermés. Il me faut gravir le col du Télégraphe pour finir la journée. Je commence tranquillement : la pente est soutenue mais plutôt ombragée. Par contre, il y a beaucoup de circulation, dont des camions de BTP et des motos. Je commence à fatiguer quand j'arrive dans les derniers lacets.

Une particularité de la montée est l'installation en bord de route tous les 2 à 3 kilomètres de grandes poubelles pour cyclos (enfin pour leurs détritus) avec un entonnoir pour les maladroits. Ces installations sont présentes jusque dans le Galibier.

Une petite descente permet d'arriver à Valloire. Le temps est menaçant et le tonnerre gronde au loin. Le GPS me permet de trouver rapidement mon hôtel, heureusement car dix minutes plus tard c'est le déluge (comme quoi un GPS peut aussi protéger des intempéries) ; l'orage durera une partie de la nuit. J'ai bien choisi mon hôtel : diner et petit déjeuner seront sous forme de buffets et j'en profiterai largement.

Valloire - Guillestre

Le lendemain, le ciel s'est éclairci mais l'atmosphère a bien fraichi. Je me mets en route doucement. Comme pour le col de l'Iseran la veille, la remontée de la vallée de la Valloirette me sert d'échauffement. Je suis tout seul sur la route et le panorama est spectaculaire. En arrivant au Plan-Lachat, je dérange une colonie de marmottes qui prenait le soleil au bord de la route. Elles s'éloignent de trente mètres, bien grassouillettes, et camouflées par leur pelage gris-vert.

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Col du Galibier (2642 m) : les derniers lacets vus du col et l'auberge du tunnel côté Nord

Les lacets commencent après le Plan-Lachat et la pente augmente très nettement. A plusieurs reprises, je crois la fin proche, mais les lacets semblent ne jamais s'arrêter. J'arrive enfin à la hauteur de l'entrée nord du tunnel (interdit aux vélos) où se trouve un restaurant. Il reste à monter jusqu'au col via les deux lacets restants (dont un passage à 12%). En haut, il y a un parking et des touristes venus photographier le parking et les touristes. Á l'autre entrée du tunnel (ou l'autre sortie), il y a aussi un restaurant.

Je viens de gravir un jalon symbolique : mon 5ème col de plus de 2000 mètres. La montée du Galibier cache un col "secret" qui n'est indiqué ni sur le terrain ni sur les cartes IGN : le collet du Plan Nicolas (2406m). Je n'ai appris son existence que la veille via un cyclo "cent cols". Ces cols "cachés" font que l'on monte ainsi plus de cols qu'on ne pense.

La descente vers le col du Lautaret (BPF 05) est raide donc rapide. Malgré l'imperméable j'ai froid en arrivant au Lautaret où je dois pointer. Je décide de manger dans le restaurant recommandé par la FFCT (un autocollant l'indique). C'est la 3ème fois que je passe au col du Lautaret, en arrivant à chaque fois par une route différente.

J'entame la descente vers Briançon que je sais très roulante, on peut descendre jusqu'à 1400m sans donner un coup de frein (attention quand même au virage à droite du pont de l'Alp). Après les grands espaces des cols, c'est le retour à la ville et à la circulation. Je fais un double pointage : fin du Relais Bellegarde-Briançon et début du Relais Briançon-Nice : on voit d'où vient le nom de "Relais".

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Col d'Izoard (2360 m) : ombre et soleil dans la Casse Déserte, vue de la stèle Bobet/Coppi

Je me dirige vers la route du col de l'Izoard (BPF 05) qui est bien indiquée. Cela monte fort de suite, mais ça se calme à la sortie de la ville. La première moitié de l'ascension monte doucement le long de la vallée de la Cerveyrette jusqu'à Cervières. Ensuite les lacets commencent et la pente s'accroit. Cette route a une particularité unique : une bande cyclable de Briançon jusqu'au col, soit près de 20 km. Bravo ! Je monte doucement dans les mélèzes. Vers 1800 m d'altitude, je dépasse le minibus d'un groupe belge que je croise depuis quelques cols et le conducteur me propose une banane et de l'eau : je me laisse apprivoiser. Je retrouve une partie de l'équipe en haut du col où des bourrasques de pluie nous obligent à enfiler les impers. Un des Belges me dit que monter un grand col avec des sacoches, c'est comme faire le Mont-Blanc en trainant une valise à roulettes.

Au début de la descente, le soleil arrive à passer dans des trouées de nuages et cela crée un éclairage contrasté dans la Casse Déserte. La descente est agréable, on peut laisser filer. Je passe dans les gorges du Guil. Comme souvent en vélo, les gorges sont impressionnantes car on peut rouler en regardant au fond de la gorge. J'arrive à Guillestre pour constater que mon hôtel a connu des jours meilleurs. Le gérant est accueillant si l'hôtel ne l'est pas : quand un occupant d'un étage supérieur utilise ses toilettes, cela fait un énorme gargouillis et de l'eau sort par l'évacuation de ma douche.

Guillestre - Saint-Sauveur-de-Tinée

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Col de Vars (2108 m)

Comme souvent, la journée commence par un col, ce matin c'est le col de Vars. Pour celui-ci, ce sont les lacets qui viennent en premier et la fin longe une combe, où se trouvent les différents villages de la station de Vars. Je pointe au bar du col et je discute avec le tenancier. Il a lu "Rueil-Malmaison" sur mon maillot et commence à raconter des anecdotes du temps où Patrick Ollier était élu dans les Hautes-Alpes. On rigole bien mais il me faut descendre dans la vallée de l'Ubaye jusqu'à Jausiers où j'arrive à 12h40. L'heure est importante car la boulangerie et l'épicerie ferment à 12h30 jusqu'à 16h00 et je n'ai rien à manger. Je finis donc au restaurant pour un plat de pâtes bienvenu mais cela me prendra beaucoup plus de temps que prévu.

Il est près de 14 heures quand j'attaque le col de la Bonette. Il y a 23 kilomètres de montée et 1600 mètres de dénivelé. Il fait très chaud en bas, et je vois mes bidons se vider tout seuls. Il y a aussi beaucoup de mouches, c'est ma faute : je dois être le mammifère le plus lent à des kilomètres.

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Col de la Bonette (2715 m) : dans la montée, des ovins font baisser ma moyenne

Heureusement à partir de 2000 m ça va mieux, pour la chaleur et pour les mouches. Je croise un gros troupeau de moutons. Il ne traverse pas la route : il utilise la route pour descendre car c'est le seul passage possible. Une voiture devant moi force son chemin à travers la vague ovine, impatience récompensée par un bon coup de bâton de berger.

Vers 2000 mètres, je rattrape un cyclo qui monte avec un vélo à assistance électrique. Il m'explique qu'il habite dans la vallée et que cela lui permet de continuer à monter au col alors que son âge le lui interdit sur un vélo classique.

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La cime et le col de la Bonette (2715 m) dans les nuages

Il y a de moins en moins de végétation et en arrivant à l'ancien fort, je suis dans le minéral. Au loin, la cime de la Bonette a un bonnet de nuage. Le paysage n'est pas très beau : le rocher nu est gris-noir et évoque des cendres volcaniques. Comme il fait mauvais le parking est vide quand je fais le tour de la cime. Je dépasse mon record d'altitude (maintenant à 2802 m) qui devrait tenir un moment, cette route étant la plus haute de France.

La route est très glissante et la visibilité dans les nuages est faible. Je me sers du zoom sur le GPS pour anticiper les virages et savoir ceux pour lesquels il faut arriver lentement, mais la pente est supérieure à 8% et je dois freiner beaucoup pour limiter ma vitesse. Après quelques lacets très raides, une détonation m'annonce ce que je craignais : ma chambre à air avant a éclaté. J'ai la chance de ne pas chuter et comme le virage en épingle débouche dans une prairie, je m'arrête dans l'herbe. Je répare secoué et inquiet : je veux bien descendre un peu à pied mais la descente vers la vallée de la Tinée fait des kilomètres.

Le système D s'impose : je roule dans l'herbe humide quand c'est possible et dans toutes les flaques d'eau ; je remplis un de mes bidons à un petit ruisseau et j'arrose la jante de temps en temps. Cela tient. Plus bas, je sors des nuages et la route qui suit la vallée de la Tinée tourne beaucoup moins.

Je descends plus tranquillement la vallée de la Tinée. Je pointe à Saint-Etienne-de-Tinée (BPF 06) et continue via Isola jusqu'à Saint-Sauveur-en-Tinée sur une piste cyclable épisodique. Encore un hôtelier plus accueillant que son hôtel. Il me demande si je souhaite dîner dans son établissement, puis enchaîne sur le fait qu'il est aussi l'unique restaurant du bourg. J'ai l'impression d'être seul dans la vieille bâtisse mais la chambre n'est pas si calme que ça : une cascade proche fait un bruit sourd permanent.

Saint-Sauveur-de-Tinée - Nice

Le matin suivant, je descends sur quelques kilomètres la vallée de la Tinée, bien défendue par ses ouvrages Maginot. Je quitte la vallée pour monter le col Saint-Martin qui permet de passer dans la vallée de la Vésubie. La montée est déserte jusqu'à 1000 m d'altitude, je passe sous le fort de Rimplas, puis c'est urbanisé jusqu'au col. La station de ski de La Colmiane a été construite sur le col, avec une architecture hybride entre forts Maginot et barres de la Courneuve.

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La Bollène-Vésubie et la vallée de la Vésubie, vues de la montée du col du Turini (1604 m)

Une bonne descente et je peux pointer à Saint-Martin-Vésubie (BPF 06), gros bourg où les demi-baguettes de pain mesurent 20 cm. Donc si vous y passez, demandez 60 cm de pain pour avoir une vraie baguette, c'est plus sûr (mais faites tamponner votre carte de route avant...) Il y a de la circulation dans la vallée de la Vésubie, et quand j'arrive au pied du col du Turini, je n'ai pas trouvé d'endroit agréable pour manger.

Pique-niquer devant un joli panorama est le plaisir (gratuit) du randonneur et monter un col le ventre vide n'est pas une bonne idée. J'attaque néanmoins la montée et à la Bollène-Vésubie, joli village aux nombreuses fontaines, je peux enfin m'emplir de montagneux paysages et de terrestres nourritures. Dans la montée du col de Turini, le terrain et la vue sont variés, passant de la rocaille méditerranéenne aux forêts de sapins.

Je double un camion de la DDE (je crois qu'on dit DDT maintenant mais c'est les mêmes avec juste moins de budget), un cantonnier farfouille dans la benne, je l'entends s'exclamer "P'tain, on a oublié les pelles !". Effectivement, sans pelles tout un après-midi, ça va être dur !

Le haut du col (1604 m) est occupé par des bars-restaurants entourés de mélèzes (mais sans charmes), je descends donc de suite vers Peïra-Cava (BPF 06) où ça ira mieux. Á quelques endroits, la descente est très raide (les panneaux annoncent 15%) et me rappellent l'incident de la veille. Peïra-Cava ne me semble pas très prospère, je suis le seul client dans le seul café ouvert, mais la vue est fabuleuse. La descente en lacets continue via le bourg perché de Lucéram puis le relief s'aplanit à L'Escarène. La température monte, il fait maintenant bien chaud.

Je pense ne plus avoir qu'à descendre vers la mer... mais j'ai mal étudié le parcours : à la Grave de Peille (dont la cimenterie ne vaut pas le détour), il faut remonter au col de Saint-Pancrace via le bourg perché de Peille. Il y a des maisons neuves ou en construction tout au long de la montée (il faut bien utiliser le ciment). C'est raide, il fait chaud, il y a beaucoup de voitures, et en plus mon vélo se traine.

Après le col, c'est la descente vers La Turbie (BPF 06) et la première vue sur la mer. Je m'arrête dans une boulangerie à La Turbie pour pointer. Au moment de payer, je tends mon bon argent. Mais il faut le mettre dans une machine qui vous rend la monnaie. Je n'ai jamais vu ce système et la boulangère me soupçonne d'être de la campagne. Une cliente plus directe m'explique que c'est contre les nombreux braquages. Je me dis que dans les boulangeries, moi je pointe, d'autres tirent. Bienvenue dans le Sud !

Maintenant le plus dur est fait, c'est plein ouest par la Grande Corniche et le col d'Eze. Une pente raide me fait descendre dans la cuvette de Nice. Pour traverser la ville vers l'ouest, je vais vers la mer pour attraper la piste cyclable de la Promenade des Anglais, ce n'est pas le chemin le plus court mais c'est le plus agréable. Je fais une pause devant la mer promise et les cailloux qui servent de plage aux Niçois.

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Nice : la promenade des Anglais (5 m) mais surtout des Niçois

Je viens de terminer mon 20ème Relais, le dernier. Le tour de France par les Relais que j'ai commencé il y a un an est terminé.
Cela m'a fait pédaler près de 6000 km dans toutes les régions, faire la traversée des Vosges, des Pyrénées, des Alpes et longer toutes les côtes de la Manche et de l'Atlantique. Plus d'une centaine de pointages, autant de BPF, environ 70 cols. Et surtout, une trentaine de jours à pédaler, le nez au vent, profitant des paysages, pique-niquant face aux plus beaux points de vue de notre pays. Des jours de calme et d'absence de contraintes, parenthèses dans une vie urbaine trépidante. Et aussi de courtes rencontres avec tous les accents et beaucoup d'anecdotes. Mais c'est une autre histoire.

Thierry Streiff


"Le Cyclotourisme, un art de vivre"