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RANDONNEE PYRENEENNE PAR LA ROUTE HAUTE (RHDP)

Deuxième partie, de St Gaudens à Cerbère, du 20 au 29 août 2008

par Henri Courmont
http://abeille-cyclotourisme.chez.tiscali.fr/souvenirs/2008_rhdp.html

Mercredi 20 août de St Gaudens à Cierp-Gaud

Avec l’exactitude des cheminots, Jean-Pierre et moi nous retrouvons à la gare de St Gaudens à 15h45. Lui vient de Paris par le train, il est parti ce matin à 6h et quart des Alluets et moi j’arrive de Ramonville où, avec Chantal, nous sommes arrivés hier soir chez Christiane.

En gare de St Gaudens

Un pot au café de la gare avant de se séparer et JP qui règle quelques problèmes professionnels au téléphone et nous prenons la route. Le temps est couvert mais la température est clémente. Nous prenons des petites routes en direction de Luchon pour rejoindre la RHDP, route haute des Pyrénées, que nous avons quittée à cet endroit l’an dernier pour rejoindre la gare de Tarbes. Après le col de Hountérède (475m), ous traversons Barbazan avant de trouver vers 18h30 l’hôtel « Les Pyrénées » à Cierp-Gaud qui a encore de la place pour nous loger ce soir. C’est un hôtel-restaurant très banal qui nous servira un dîner très banal, dommage que la chambre d’hôte vue quelques Km avant était complète !

Jeudi 21 août de Cierp-Gaud à Arties

Bachos
Bachos, en route vers Luchon

Nous avons mis le réveil à 7h, le petit-déjeuner ne nous retarde pas et nous décollons vers 8h20. Pour éviter la nationale qui descend vers l’Espagne, nous prenons une petite route parallèle qui monte, suit la rivière Pique et traverse des petits villages Signac, Binos puis Bachos jusqu’à Guran où nous rejoignons la nationale qui nous amène à Luchon. C’est la route de la flèche Paris-Luchon que Jean-Pierre a faite il y a 2 ans.

Pique-nique a Bossost
Pique-nique près de la Garonne à Bossost

Nous traversons Luchon et attaquons immédiatement le col du Portillon, un bon morceau qui s’élève à 1293 m tandis que nous sommes à 650 m. Les premières rampes sont difficiles, ensuite c’est une succession de pentes douces et de tronçons plus raides à 12 ou 13%, nous avons 9 Km pour atteindre le sommet, nous les faisons d’une traite malgré la chaleur. Au sommet, nous franchissons la frontière espagnole que plus rien ne matérialise sauf 2 piliers anonymes en pierre. Après une jolie descente sinueuse, nous atteignons Bossost dans la vallée de la Garonne, qui monte doucement vers sa source, au val d'Aran, en Espagne. Il est midi et un super marché nous permet d’acheter le pique-nique que nous dégustons au bord de la Garonne (un torrent, ici) sur un emplacement de pêcheur.

Après un café et un retrait d’argent à un distributeur bancaire, nous repartons sur la route de Vielha qui suit la Garonne côté espagnol. A Vielha, après une sieste d’une demi heure dans un petit bois en bordure de route, nous obliquons vers l’Est en direction de Baqueira, la plus célèbre station de ski espagnole. La route monte gentiment, nous traversons de jolis villages, tous les toits sont en ardoises et les murs en pierres de couleurs plutôt sombres, tout cela est homogène, fleuri et parfaitement entretenu. Le Val d’Aran est une région très touristique, fréquentée en été comme en hiver par de nombreux habitants aisés de Madrid et l’aisance économique est manifeste. On est en Navarre, une partie particulièrement riche de la Navarre plutôt pauvre, qui accède au reste de l'Espagne par des cols tous situés à plus de 2000 m ou par le tunnel de Vielha qui passe sous le massif de la Maladetta où se trouve la source de la Garonne.

À Arties, nous nous renseignons dans un camping de bungalows pour y faire étape mais à 70 € le bungalow, nous préférons poursuivre notre chemin et nous trouvons un peu plus loin la pension Montarto (973 64 08 03) qui nous propose l’hébergement avec deux lits simples pour 38 €. Les équipements sont en parfait état contrairement à ce que nous avons trouvé en France la nuit précédente. Il est 16h, nous prenons notre temps pour la douche et pour déguster une bière dans un bar du bourg. Un Parisien avec ses enfants nous explique où se trouvent les sources de la Garonne à proximité d’ici. C’est une résurgence, mise en évidence à l’aide d’un colorant par Norbert Casteret. Nous nous promenons en ville en attendant 20h, l’heure espagnole du dîner. C’est au camping que nous nous installons pour prendre le menu « del dia » copieux, appétissant et servi avec du supplément de légumes. Nous rentrons à la pension vers 21h30.

Vendredi 22 août  : d’Arties à Alins

Les affaires reprennent
Sortie d'Arties. Les affaires reprennent, juste avant d'attaquer la Bonaigua

Avant de nous lever, nous entendons les coups de tonnerre qui précèdent une averse orageuse abondante. Nous nous levons à 8h au moment où la pluie cesse mais le col de la Bonaigua que nous devons franchir pour quitter le val d'Aran et entrer dans la partie la plus pauvre de la Catalogne est dans la brume. Nous prenons notre temps pour prendre le petit-déjeuner au café voisin. Nous avons du mal à nous faire comprendre et pour nous, c’est très frugal. Tant pis, nous démarrons ainsi.

La route qui monte au col à 2072 m est régulière et facile. Dans la célèbre station de Baqueira à 1580 m nous nous égarons dans un chantier de grands travaux. Tout est en chantier. À la sortie de la station nous trouvons un bar qui nous permet de compléter notre frugal petit-déjeuner avec un sandwich garni d’une omelette au jambon accompagnée d’un café au lait. La suite de la montée au col se fait en bavardant. Le sommet du col est dépouillé, seulement un peu d’herbe pour nourrir un troupeau de chevaux en liberté. La température est plutôt fraîche et le vent nous oblige à remettre une pelure pour la descente vers Llavorsi. Nous sommes en Catalogne. En cours de route, nous rencontrons plusieurs chantiers de travaux de l’équipement local qui améliore le réseau pour la prochaine saison de ski.

Arrêt pour le ravitaillement en fin de matinée à Esterri, un bourg d’une certaine importance avec de nombreux magasins. Nous pique-niquons au bord du torrent (Rio Noguera) qui traverse le village, près d’un beau petit pont. Tandis que Jean-Pierre fait son courrier, je fais la sieste.

La route ensuite est assez plate jusqu’à Llavosi. Là, au syndicat d’initiative, nous obtenons quelques adresses de pension dans les prochains villages où nous pourrions faire étape. Nous quittons la route principale qui file vers le Sud pour remonter vers le Nord-Est, vers l’Andorre via le célèbre et difficile col de Cabus (2300 m) accessible par une piste caillouteuse.

Cerveza a Alins
Bière à la pension Bortomico à Alins

Faute de réseau téléphonique, nous ne pouvons pas retenir une chambre et nous acceptons le risque et poursuivons notre route en espérant faire étape à Alins, un petit village situé à une vingtaine de Km avant le col. La chance est avec nous, à Alins, à la Casa Bortomico (973 62 44 22) nous trouvons une chambre d’hôtes très confortable au milieu du village pour 38 €, dîner et petit-déjeuner inclus. Il est 16h30 et nous avons le temps de prendre une bonne bière sur la petite terrasse de la maison avant la douche. Le repas, servi à l’heure espagnole, 21h, composé essentiellement de produits de la ferme sera copieux. Nous avons tout le temps pour faire du courrier et un peu de lessive. Après le repas, sérieux, arrosé d’un vin du pays à 13°, une promenade digestive s’impose ne serait-ce que pour aller poster le courrier. Extinction des feux à 23h.

Samedi 23 août d’Alins à Canillo en Andorre

La pension Bortomico d’Alins est à recommander: après une bonne nuit, le petit-déjeuner est aussi bien servi que le dîner de la veille. Nous commandons 2 sandwichs pour ce midi et la patronne nous prépare un pique-nique complet que nous dégusterons au col de Cabus.

Torrent vers Tor
Le torrent qui vient de Tor

Nous quittons Alins vers 9h la route monte immédiatement et sérieusement vers le dernier village avant le col, Tor à 1650 m. Il fait frais, l’air est pur et nous sommes entourés de hautes montagnes couvertes d’une herbe rase. Nous longeons une rivière qui a creusé une gorge profonde dans le rocher. La route devient rapidement une piste gravillonneuse et, quelques Km avant Tor elle est recouverte d’une chape de béton d’une dizaine de cm d’épaisseur ce qui permet de rouler plus facilement.

A Tor, un village de pêcheurs, un énorme chien qui a cassé sa chaîne me fait manquer le seul restaurant avant le col. Heureusement Jean-Pierre qui est passé ici, il y a un bail, se souvient de cette auberge qui vaut une visite. La salle du restaurant, à l’étage est pleine de clients. Une énorme cheminée fonctionne, entre la cheminée et la fenêtre, une vieille femme installée dans son fauteuil suit tout ce qui se passe dans la salle et dehors. Nous dégustons une omelette servie sur de grandes tartines imprégnées d’huile d’olive et de jus de tomate. Nous avons du mal à distinguer les gens de la famille parmi les gens dans la salle : 2 ou 3 hommes entre 30 et 40 ans, des jeunes enfants, une femme de 35/40 ans qui semble dynamiser la maisonnée et la mamie près de la cheminée.

Après un grand café au lait, nous repartons sur la route caillouteuse et parfois très pentue, elle sera ainsi jusqu’au col pendant 7 ou 8 Km. On peut rouler mais pousser le vélo au milieu des cailloux et des ornières n’est pas une mauvaise solution. Nous atteignons le col de Cabus vers 13h, la vue sur tous les sommets des alentours est superbe. La piste caillouteuse, côté espagnol se transforme en route large et bitumée, côté andorran. Sur le parking du col, de nombreux 4x4 espagnols et andorrans. Le vent est frais et nous cherchons à nous abriter pour manger avec, sous nos yeux, les pâturages et les troupeaux de vaches en liberté.

La descente sur une belle route est un plaisir. Arrêt quelques Km plus bas pour une demi-heure de sieste sur une terrasse herbeuse, pas trop à l’ombre des arbres car il fait encore un peu frais. Rencontre d’un couple de randonneurs pédestres français du Finistère qui passe ici en Andorre ses vacances. Un peu plus bas à Pal, nous trouvons un bar-restaurant archi plein pour prendre un café au comptoir. Une banque avec un DAB permet de retirer de l’argent. À la Massana, nous obliquons à gauche et quittons la route d'Andorra la Vella pour aller vers Ordino et le col du même nom. À Ordino, visite à l’office du tourisme pour réserver une chambre sur notre route après le col. Nous avons un dénivelé de 700 m à grimper pour atteindre le sommet du col à 1981 m. Il fait chaud, la pente est régulière à 7% jusqu’au sommet à 9 Km environ, ensuite c’est une descente rapide jusqu’à Canillo où se trouve la « Pensio Commerc » où nous faisons étape. L’établissement vieillot est au centre ville, il est géré par une vieille dame, Marie, de 80 ans, elle tient en même temps une petite épicerie. Nous avons chacun une petite chambre pour 15 € chaque, sans le petit-déjeuner. Les WC et la salle de bain sont sur le palier. Il est plus de 18h, après l’installation et la douche, nous partons à la recherche d’un restaurant. Le choix est abondant. Nous choisissons une paella arrosée de 2 demis de bière Estrella, une marque locale. Pas possible d’avoir du rab.

Dimanche 24 août de Canillo à Targasonne près de Font Romeu.

Marie
Marie dans sa boutique à Canillo

Après une excellente nuit dans nos petites chambres au centre ville avec vue sur un champ de tabac sous nos fenêtres, nous sommes réveillés par les cloches de l’église voisine qui égrène les heures. En sortant de l’immeuble, nous rencontrons la petite dame qui a déjà ouvert son magasin. Une boulangerie pâtisserie qui dispose d’une salle de consommation est un endroit propice pour prendre le petit-déjeuner, chacun un gros sandwich. Nous allons retrouver Marie dans son épicerie pour régler les chambres, j’en profite pour la prendre en photo au milieu de ses étagères des années 50. Elle nous raconte encore une fois son histoire, elle travaille depuis l’âge de 13 ans. Son frère a fait construire un immeuble et il semble vivre de la location de ses appartements. Elle est très critique vis-à-vis des Andorrans qui se sont enrichis vite et facilement, ainsi que vis-à-vis des étrangers qui viennent ici pour faire de l’argent facile.

Nous empruntons la nationale qui nous ramène en France par le Pas de la Casa après le port d'Envalira, un col à 2407 m. Il n’y a pas trop de circulation, la route monte régulièrement à 6 ou 7% pendant une trentaine de Km environ. En cours de route, un coup de fil de Chantal me remet dans le bain de Chazol. Avant de quitter Andorre, pause au Pas de la Casa à 2085 m, ville essentiellement commerciale qui attire français et espagnols venant faire des achats hors taxes. Il est 11h30 et nous décidons de profiter de la profusion de restaurants à bon prix pour déjeuner dans ce bourg. Au restaurant que nous choisissons, la patronne nous propose de ranger nos vélos dans le garage du sous-sol tandis que nous nous installons dans la salle à manger du premier étage. Au menu, encore une proposition de paëlla en plat principal avec, en entrée une bonne salade variée et une salade de fruits en dessert.

Notre route continue à descendre jusqu’au croisement des nationales vers Ax les Thermes et Font-Romeu/Perpignan. A partir de là, il nous faut remonter un peu vers le col de Puymorens (1915 m), une belle route au milieu des prairies, mais nous roulons maintenant avec le vent dans le nez. Au col, nous trouvons un endroit abrité du vent pour faire la sieste au soleil qui nous réchauffe car, dans la descente, la température était fraîche.

Porte Puymorens
Porte-Puymorens

La route descend ensuite jusqu'à Porte Puymorens, puis suit pendant une vingtaine de km, la vallée de la Carol empruntée par le petit train jaune que nous n’aurons pas le plaisir de rencontrer. À Ur, nous laissons la route de Bourg-Madame et Caldégas sur notre droite pour remonter le flanc gauche de cette vallée qui vient d'Espagne en contournant l'enclave Espagnole de Llivia qui en occupe le fonds, vers le nord-est, en direction de Font-Romeu. Ça monte gentiment, le ciel se couvre, néanmoins à Targasonne, nous optons pour un petit diverticule afin d’aller visiter l’exposition « Thémis » au four solaire lequel est en cours de reconversion. Cette exposition, très développement durable, installée dans un grand hangar industriel qui fait blockhaus, est intéressante et nous retient un bon moment.

Sur les conseils des jeunes réceptionnistes de l’exposition, nous cherchons à faire étape avant Font-Romeu situé à 6 ou 7 km. Au village de Targasonne, nous trouvons de la place à l’hôtel qui domine le village. L’établissement est géré par un anglais sympathique qui nous propose la demie pension à 47 €/personne. Les chambres sont confortables, l’établissement est bien tenu, éloigné de la circulation et il y a peu de clients.

Lundi 25 août de Targasonne à Sournia

Après 10 heures de sommeil, nous sommes en forme. Le petit-déjeuner en libre-service permet de varier, outre le beurre et les confitures, nous avons des céréales, du yaourt et des fruits. Au moment de partir, notre hôte nous informe qu’aujourd’hui c’est son jour de sortie en VTT et qu’il a prévu d’aller au lac des Bouillouses comme nous.

Four solaire
Four solaire de Mont Louis

En quelques coups de pédales, nous arrivons à Font-Romeu par la route d’en haut après avoir pris une photo du four solaire avec le grand miroir concave. Nous traversons Font-Romeu au milieu des véhicules de livraison et nous roulons en direction de Mont Louis et la petite route du lac des Bouillouses part à gauche un peu avant Mont-Louis, elle s’enfonce dans les bois. Pendant 2 Km, elle est accessible aux voitures, ensuite les automobilistes laissent leur véhicule pour prendre un bus navette afin d’atteindre le lac à 12 Km. Les vélos peuvent prendre cette route particulièrement tranquille qui suit la rivière. Les premiers Km sont plats au milieu des prairies, la nature est propre comme dans un parc américain. Les derniers Km sont plus pentus jusqu’à 10%. Nous croisons quelques navettes suivies de voitures qui vont ou reviennent des gîtes construits près du lac. Aux abords du lac, quelques vaches et des chevaux en liberté mènent leur vie au milieu des touristes pour le plus grand plaisir des enfants. Après quelques photos, nous faisons une pause à la terrasse d’un café restaurant. La serveuse nous apprend que les chevaux sont destinés à la boucherie. Ils appartiennent à un éleveur espagnol qui les amène ici au printemps pour les récupérer avant l’hiver.

Au moment de pointer nos cartes de BPF, nous nous apercevons que nous avons oublié de pointer Porte Puymorens où nous sommes passés hier…

Avant d’attaquer la montée au col de la Llose (1866 m), il est midi, nous faisons nos courses dans une épicerie à la Llagonne en vue de pique-niquer au col. Dès que nous avons quitté la direction de Quillan, la montée s’effectue par une petite route tranquille. Au col, le restaurant-bar est fermé le lundi, la place ne manque pas pour pique-niquer et nous ne sommes pas les seuls, de nombreux groupes de randonneurs pédestres font de même. Il y a du vent et Jean-Pierre qui craint le soleil a froid au cours de sa sieste. Nous repartons donc rapidement vers Ayguatebla et Olette par une petite route dans un cadre sauvage et grandiose. C’est là que Jean-Pierre éclate son pneu arrière, ce qui nous donne l’occasion de prolonger ces moments de silence dans un cadre sublime.

Villefranche de Conflent
Villefranche de Conflent

À Olette, nous retrouvons la nationale 116 à grande circulation qui va de Bourg-Madame à Perpignan. Arrêt pour un pot à Olette près de la gare du petit train jaune qui est à quai. Il fait chaud, heureusement dans la vallée nous avions un peu d’air. À l’office du tourisme tenu par une anglaise, nous n’obtenons aucune information sur les possibilités de faire étape à Sournia, un BPF des Pyrénées Orientales à l’écart de notre itinéraire nominal. Il nous faut aller à Prades à 6 km en descente douce par la N 116 encore. Sur notre route, nous ne pouvons malheureusement pas nous attarder à Villefranche-de-Conflent, un superbe bourg entouré de fortifications de Vauban et classé au Patrimoine de l’UNESCO. Juste le temps de prendre quelques photos à l’extérieur des remparts. À l’office de tourisme de Prades une employée compétente nous retient un bungalow en toile dans un camping à Sournia pour 36 € la nuit. C’est à 25 km de Prades, nous devons franchir le col de Roque-Jalère à 976 m et nous sommes à 400 m environ. La route paraît longue mais la pente est régulière et les paysages superbes. Après le col, c’est la descente jusqu’à Sournia avec un petit arrêt pour déguster les mûres au bord de la route. Nous arrivons au camping vers 19 h. Il y a une cinquantaine de places, la patronne est accueillante et le bungalow confortable. Nous prenons un repas copieux au snack du camping en faisant la conversation avec la patronne, une savoyarde qui, avec sa famille, vient de racheter ce camping et qui est satisfaite des résultats de cette première année d’exploitation.

La journée a été un peu plus longue que les précédentes, 110 km parcourus et quelques cols. Après une petite panne d’électricité dans notre bungalow, vite réparée par les gérants du camping, nous nous couchons vers 21h30.

Mardi 26 août de Sournia à Vernet-les-Bains

Nous avons passé une bonne nuit dans notre bungalow en toile et le temps est au beau fixe, nous allons prendre un café au snack comme il était convenu la veille. La patronne, au lieu d’un simple café/thé, nous a préparé un petit-déjeuner complet : pain, beurre, confitures et pèches sans supplément de prix à ce que nous avons payé hier soir. Nous sommes « ses petits cyclos » et nous connaissons une bonne partie de l’histoire de la famille. Sympa !

Prieure de Marcevol
Prieuré de Marcevol

Nous regagnons Prades par une autre route qui franchit le col des Auzines à 605 m toujours dans un paysage grandiose et sauvage. Un peu plus loin, au lieu de redescendre dans la vallée en suivant la rivière, nous grimpons vers un joli petit village, Marcevol, qui possède un magnifique prieuré roman qui vaut une visite rapide avant de redescendre dans la vallée par Arboussols. La route est belle, très pentue, avec vue sur le lac artificiel et sur les parois abruptes de rochers en tuyaux d’orgue de la vallée que nous avons descendue.

Nous atteignons Prades par une petite route parallèle à la N 116 très fréquentée. Nous roulons au milieu des champs de pêchers et de nectarines. Des équipes de cueilleurs sont au travail, je n’ose pas m’arrêter. C’est une remarque de Jean-Pierre qui me décide à aller ramasser quelques fruits au pied des arbres.

Nous arrivons à Prades à midi pour faire les courses au super marché et nous cherchons le parc de l’hôtel de ville pour pique-niquer. Jean-Pierre retrouve la boulangerie-pâtisserie où il a trouvé hier un excellent gâteau aux amandes. Le parc de l’hôtel de ville est un peu excentré mais agréablement arboré. Quelques enfants jouent sur les équipements qui leur sont réservés; ils ne nous gênent pas: ni pendant le repas ni pendant la sieste. Avant de repartir, nous nous installons à la terrasse d’un café en centre ville où se retrouvent, après le marché, tous les habitués qui se connaissent. Il y a du monde dont pas mal de hippies, il paraît que Prades les attirent plus particulièrement du fait de son climat.

Abbaye de St Martin du Canigou
Abbaye de St Martin du Canigou

De Prades, nous grimpons les pentes du Canigou vers l’abbaye de St Michel de Cuxa où nous faisons quelques photos. La route à flanc de colline, dans les bois, offre une fraîcheur appréciable car la température est élevée. À l’office du tourisme de Vernet-les-Bains, nous trouvons l’adresse d’une chambre d’hôtes à proximité qui a encore de la place. C’est en plein centre ville et d’un bon standing. Nous déchargeons nos sacoches avant de prendre la route de l’abbaye de St Martin du Canigou à vélo jusqu’à Casteil, ensuite le sentier en béton est trop abrupt pour rouler, nous abandonnons nos montures pour continuer à pied. Il y a du monde, il fait chaud, mais l’endroit est ombragé et superbe. À l’abbaye, le magasin est ouvert et nous pouvons pointer le BPF, Jean-Pierre s’achète un maillot à l’effigie de l’abbaye. Nous flânons un peu et mangeons nos vivres avant de redescendre à Vernet où nous arrivons vers 18h30.

Pour dîner, nous trouvons un restaurant très quelconque, le choix est restreint.

Le patron de la chambre d’hôtes est un parisien de Nogent sur Marne, installé ici depuis 12 ans. Il avait de la famille dans la région et son établissement lui permet de recevoir une quinzaine de clients, parfois des cyclistes. Il a un bon contact et son affaire marche bien.

Mercredi 27 août de Vernet-les-Bains à Prats-de-Mollo

Cette étape pour contourner le sud-ouest du massif du Canigou est un gros morceau. Nous prenons le petit-déjeuner à 7h30 pour démarrer plus tôt que d’habitude et rouler un peu à la fraîche. Pour faire notre ravitaillement, impossible de trouver dans Vernet un magasin d’alimentation ouvert avant 8h30. Nous achetons 2 sandwichs chez un boulanger et prenons la route vers Sahorre. En quittant Vernet, Jean-Pierre se fait pincer par les gendarmes parce qu’il descend une rue en sens unique, il a droit à quelques remarques.

À Sahorre, à 5 Km du départ, nous attaquons la route qui monte pendant 11 ou 12 Km au col du Mantet (1751 m), Vernet est à 650 m. Traversée de Py, le dernier village avant le col, la pente est régulière et sérieuse et, à chaque virage, nous avons un point de vue magnifique sur la vallée et sur les sommets qui l’entourent.

Col du Mantet (1751m)
Au col du Mantet

Au col, nous faisons la connaissance d’un breton de Locminé, il est monté en VTT de Vernet à 11,5 Km/h tandis que notre compteur indique 8,5 Km/h. Je lui donne un sac en plastique pour se protéger du froid dans la descente, son maillot comme le nôtre est trempé.

À partir du col, nous nous engageons sur un chemin de montagne non bitumé que Jean-Pierre a repéré grâce à la carte au 25000e qu’il vient d’acheter à Vernet. Même si la piste est bien tracée, la carte permet de savoir où nous en sommes dans notre progression. Près du début de cette portion muletière, nous croisons un cyclo Polonais sur un VTT équipé de sacoches qui nous dit être venu jusqu'ici depuis La Preste à l'inspiration, sans carte. Il a ainsi fait un très long chemin seul et est près d'atteindre la route carossable, ce qui n'est pas notre cas.

Rouler sur la piste muletiere
Henri roule sur un chemin sablonneux et malaisé

Nous devons parcourir environ 20 Km de piste pour grimper au col des Roques Blanches à 2252 m. La progression nécessite parfois que l’on pousse le vélo. Jean-Pierre préfère marcher en général moi je préfère rester sur le vélo tant que je le peux.

Nous pique-niquons à 4 Km du col environ. Les 2 sandwichs sont vite avalés. Un peu plus loin une surface plane est propice à la sieste, mais Jean-Pierre préfère poursuivre sa montée. Je me repose une vingtaine de minutes, quel silence ! Des sons de cloches de vaches au loin, quelques mouches, un ciel bleu d’azur, du soleil, un cadre superbe, j’en profite un max !

Au col des Roques Blanches, je fais la connaissance d’un couple d’anglais qui sont armés d’un appareil photographique muni d’un zoom de la taille d’un bazooka. Ils photographient les oiseaux, les aigles en particulier. Ils m’affirment avoir vu des marmottes et, en effet, un peu plus tard dans la descente nous les retrouverons en train d’en photographier une, ils nous la feront admirer dans leur énorme zoom.

La descente est plus fatigante que la montée, nous sommes très souvent à pied car les roues glissent plus facilement sur les cailloux instables. Jean-Pierre crève deux fois et ceci nous incite à pousser le vélo. À 8 Km après le col, nous atteignons le bitume, vers 16h30. Ouf. Nous pouvons enfin descendre à vive allure sur la route sinueuse et tranquille jusqu’à La Preste et Prats-de-Mollo. Une visite au VVF local pour se renseigner, c’est hors de prix, 70 € sans les repas. Au syndicat d’initiative, nous trouvons l’adresse d’un hôtel le Costabonne (04 68 39 70 24) qui se trouve à proximité. Il y encore de la place pour nous, 2 demi-pensions pour 90 €. Le dîner sera excellent et copieux. C’est une bonne adresse.

Je vais faire quelques courses dans le bourg, à l’intérieur des remparts. Il y a de l’animation, c’est une jolie petite ville thermale qui mériterait qu’on s’y attarde.

Jeudi 28 août de Prats-de-Mollo à Las Illas

Porte de France, Prats de Mollo
Palabres à la Porte de France de Prats de Mollo

Après une bonne nuit et un bon petit-déjeuner au bar où les clients, des habitués, viennent raconter leur vie et celle de leurs voisins et voisines, une bonne journée nous attend. Nous évitons la vallée et prenons les routes en balcons et commençons par le col de Saous à 998 m, soit 200 m environ à monter. Il fait chaud et le maillot est rapidement trempé. Impossible d’aller à Montferrer par la route du haut qui est un chemin muletier peu praticable en vélo de route. Nous redescendons dans la vallée au Tech où nous faisons nos achats pour le pique-nique dans une petite épicerie où nous ne pouvons acheter que le strict minimum. Le pain s’achète à la boulangère dont la voiture de livraison est sur la place du village. De là, nous remontons vers le village de Montferrer où des écriteaux nous signalent que les habitants ne veulent pas de la ligne à très haute tension, la THT, qui exportera l’électricité vers l’Espagne. Nous nous arrêtons près de l’église romane entourée de son cimetière pour pique-niquer sur la place, près d’une fontaine rafraîchissante. Puis café un peu plus loin dans le seul bistrot du coin. Au moment de repartir, mon pneu avant est à nouveau à plat, le changement de chambre à air ne change rien, il faut chercher à la loupe le petit silex incrusté dans le pneu et l’enlever pour résoudre définitivement le problème.

Col de la Brousse
Col de la Brousse

Descente sur Arles-sur-Tech, toutes les boulangeries sont fermées au grand désespoir de Jean-Pierre. Heureusement un Lidl nous permet d’acheter une grande bouteille d’eau pétillante, des fruits et 2 boites de 500 gr de riz au lait que nous dégusterons près du prochain col de la Brousse (866 m). Il fait chaud, nous sommes trempés et la montée au col paraît interminable. Ensuite la descente vers La Illas peu pentue avec des paliers, est agréable. À Las Illas, un panneau « Gîte de France » nous arrête. Il y a de la place, 2 couples de marcheurs sont arrivés avant nous dans ce gîte qui dispose d’une quinzaine de places. La gestion est confiée à un couple du village, ce sont les anciens propriétaires de l’hôtel restaurant local. En prenant une bière à la terrasse du restaurant, nous faisons plus ample connaissance. Il est chasseur, plutôt acharné, et nous explique qu’il vit entre Las Illas et la commune de Maureillas un peu plus bas. Il nous parle de ses bons rapports avec les chasseurs espagnols, de ses chasses au sanglier et au cerf, des gens du village qui vivent d’aides diverses car il n’y a plus de travail ici.

Après l’installation et la douche, nous discutons un peu avec les randonneurs pédestres qui marchent autour du Canigou. Un des deux couples, le plus âgé, est même monté au Canigou et ils sont fiers de raconter leur exploit. Le soir nous allons tous, mais séparément, au restaurant des Trabucayres (bandits de grand chemin) où un excellent repas nous est servi.

Vendredi 29 août de Las Illas à Cerbère

Nous sommes les derniers de la chambrée à nous lever. Le jeune couple de marcheurs lyonnais est en train de se mettre des rustines aux orteils avant de partir. Nous allons prendre notre petit-déjeuner au restaurant mais auparavant, je répare mes chambres à air percées hier. Au petit-déjeuner, nous faisons connaissance de la jeune serveuse, étudiante en lettres, elle vient de terminer sa première année à Perpignan et elle doit passer en 2e année à Montpellier. Elle se destine à l’enseignement. Pour payer ses études et se faire de l’argent de poche, elle passe ses vacances dans cet établissement où elle dispose d’une chambre de l’hôtel pour se loger. On la sent très désireuse de bien faire, consciencieuse et bosseuse.

Après une dizaine de Km de descente entre Las Illas et Maureillas, nous roulons sur une route ombragée et pas trop pentue. C’est la dernière étape, elle n’est pas longue, Jean-Pierre me met l’eau à la bouche en annonçant un morceau de choix au menu : la tour Madeloc que, selon lui, tout cyclotouriste digne de ce nom doit connaître !

Donjon de Laroque des Alberes
Donjon de Laroque des Albères

Nous rejoignons la route à grande circulation au Boulou. Le trafic est intense, c’est une voie qui mène à la mer vers Argelès et Collioure et pendant quelques Km nous avons l’impression d’être sur une voie réservée aux voitures, nous la quittons rapidement pour une route à flanc de colline qui, de village en village (dont Laroque des Albères), nous conduit à Argelès puis Collioure. Là, dans un LS, nous faisons nos courses pour le pique-nique et nous allons nous installer sur un banc au bord des quais du petit port. Ça grouille de monde, beaucoup de gens pique-niquent comme nous entre adultes ou en famille. La sieste se résume à un assoupissement sur notre banc avant d’aller prendre un café sur une terrasse un peu tranquille et nous repartons. Il fait très chaud.

Tour Madeloc
Tour Madeloc: le nirvana des cyclos

À la sortie de Collioure, nous prenons la route haute qui va vers la tour Madeloc. Ça monte régulièrement à 6 ou 7% environ. Nous partons du niveau de la mer et la tour est à 652 m. après quelques Km, nous quittons la route qui continue vers Banyuls pour nous engager sur un chemin dont la pente augmente progressivement pour atteindre dans le dernier Km 18%. J’essaie de monter par tronçon successifs sur quelques centaines de mètres mais finalement les derniers hectomètres je les monterai en poussant mon vélo. Jean-Pierre alterne également la marche et le vélo et nous arrivons tous les deux trempés mais heureux d’y être et de pouvoir contempler un paysage immense sous nos pieds. Nous sommes rejoints par un motard qui à peine descendu de sa machine allume un cigarillo tandis que nous dégustons un melon et chacun sa portion d’un ½ kg de riz au lait. Quel délice ! Le motard, un stéphanois installé depuis quelques années dans la région qu’il découvre progressivement, nous explique que cette tour servait à surveiller le massif des Albères et à transmettre des signaux à sa voisine la tour Massane jusqu’au château d’Ultrère. Cette région était un point de passage vers l’Espagne et au Moyen Age ces tours étaient des points-clefs dans la défense de la région.

Nous nous attardons un peu pour profiter de ce moment merveilleux.

La descente, surtout dans la partie abrupte, est aussi pénible que la montée. Nous y allons très prudemment et arrivons à Banyuls sans incident. La petite route du haut, entre Banyuls et Cerbère, nous permet d’admirer la côte rocheuse, très découpée et escarpée marquant bien la limite avec l’eau bleue de la Méditerranée. Une dernière photo tous les deux sous la pancarte de Cerbère.

Cerbere

Cerbère, une petite ville au bout du monde, encerclée de montagnes, peu accessible, point de passage obligé le long de la côte, vers l’Espagne. Nous passerons la nuit à l’hôtel Terminus de la gare avec le bruit des trains et des jeunes voyageurs en transit qui tuent le temps en buvant et en s’invectivant. Mon train demain samedi à 5h45 me ramènera à St Etienne en début d’après-midi mais Jean-Pierre devra attendre toute la journée pour prendre un train après 21h et arriver à Paris dimanche matin.

Nous venons de terminer la liaison Atlantique Méditerranée, coup de pédale après coup de pédale en franchissant le maximum de cols et en prenant du plaisir. Que de beaux paysages appréciés d’autant mieux que nous les avons découverts à la force de nos mollets.

Cette dernière partie de la Route Haute des Pyrénées d’un peu moins de 7OO Km parcourue en une dizaine de jours, fut de vraies vacances qui vous vident l’esprit du train-train et des problèmes quotidiens et qui font aimer la vie, la nature, la découverte, les rencontres et… le vélo !

Henri Courmont


"Le Cyclotourisme, un art de vivre"